Qui-Gon Jinn a écrit:
10h13
Attention plusieurs théories possibles: biais de perception ; on vieillit ; ça concerne tout le monde et j'ai 100% raison ; mutations technologiques qui éparpillent tout : désensibilisation à cause d'une surcharge émotionnelle...
Avez-vous l'impression que plus rien n'a d'importance ?
Avant, j'avais l'impression qu'on pouvait se passionner, en bien ou en mal, pour des choses. Des artistes étaient "unanimement" reconnus et leurs œuvres étaient attendues ; nous les cinéphiles on attendait grave les films, on scrutait les news et les spoilers ; la vie politique nous remuait, on la vivait intensément, on pouvait en parler longtemps ; les gros scandales étaient de gros scandales, "on ne parlait que de ça", etc. Et j'ai l'impression, peut-être erronée, que rien de tout ceci n'est encore vrai.
Cette réflexion ne s'applique évidemment pas qu'au Forum, petit coin d'internet bien plus calme qu'avant, mais à tout. J'ai l'impression que nos passions se déchaînaient davantage jadis, sur les réseaux sociaux ou dans la vie. J'ai la sensation que les gros films personne ne les attend ; que les gros albums n'ont pas le même impact que jadis ; la situation politique n'en parlons pas, on vit des scandales de FOU ces derniers temps et ça en touche une sans faire bouger l'autre...
Est-ce parce que notre génération vieillit et que c'est une étape normale dans la vie que de prendre du recul, et par contre les jeunes de 20 ans vivent eux les choses aussi intensément et collectivement que nous les vivions en 2002 (j'en doute mais bon) ? ; est-ce parce que le monde est tellement éparpillé technologiquement que chacun est dans sa case et qu'on n'a quasiment plus rien en commun, même Bad Bunny ? ; est-ce parce qu'on vit une époque tellement ballotée ces 25 dernières années qu'on n'a plus la bande passante pour emmagasiner tout ça, ou bien car nos terminaisons nerveuses sont à force désensibilisées ?
Bref, partagez-vous cette sensation ?
Et si oui, quelle en est selon vous la raison ?
J'attribue ça avant tout à l'âge et au fait qu'on se recentre sur certaines priorités. Je n'ai plus rien à foutre des prochaines sorties ciné car j'ai compris que je n'étais même pas en mesure de prélever à la petite cuillère la crème de la crème de l'océan cinéma de 1895 à nos jours. Essayons de cueillir ce qu'on a à portée de main et d'en profiter au max plutôt que de courir derrière le train. J'ai suffisamment été déçu par des films que j'ai attendu des mois/années comme le messie. Il y a eu une période de ma vie où le prochain Terrence Malick ou Miyazaki constituaient mes seuls horizons, ça ne me manque en rien. Il y a aussi le fait que le présent, sans même parler de l'avenir, du cinéma m'écoeure et que j'ai bien plus envie de ralentir la course et regarder en arrière que de subir ce qui se prépare.
Contrairement à Qui-Gon par contre, on ne doit vraiment pas vivre dans le même monde concernant l'effervescence politique. Il est vrai que je ne me suis jamais beaucoup intéressé au paysage français et que ça n'a jamais été aussi vrai (incapable de donner le nom du premier ministre ou d'un membre de sa clique là tout de suite), mais la situation mondiale ne m'a jamais paru aussi étourdissante. En tant qu'enfant des années 90 qui a grandi confusément dans le mythe de la Fin de l'Histoire, le sommet de l'horreur qu'était le siège de Sarajevo ressemble maintenant à une matinée calme à Gaza. Je n'ai jamais été aussi rivé aux mouvements tectoniques du nouvel ordre mondial et du cycle infernal de scandales qui se chevauchent. Difficile de se passionner pour la primaire de la gauche dans ce contexte où tu sens que les gesticulations peuvent être vite balayées plus vite qu'on ne le croit. Pourtant là aussi la fracture idéologique de l'Occident joue à plein.
Quant à Bad Bunny, c'est de la pop music et par définition un truc d'ados. Je ne sais pas chez vous mais mes parents se foutaient bien de Michael Jackson ou Tupac.