Hollis Frampton est une figure un peu oubliée du cinéma expérimental américain, proche de Michael Snow. Son cinéma pouvait être caractérisé à l'époque comme minimaliste, mais à la voir à présent, il apparait plutôt narrativement très dense, avec un rapport à l'identité américaine qui semble assez proche à la fois de Beckett et des transcendantalistes : une célébration d'une nature donnée à l'homme, d'un milieu urbain qui semble également gratuitement offert, et l'impossibiltié pour l'homme de pleinement intégrer tant l'un que l'autre, comme si c'était là ,un effet une forme de faute originelle qui rend l'environnement éternellement extérieur et pourtant uniquement là,pour nous (l'extériorité et l'autonomie de la nature se subistuent à la rigueur religieuse; la rendent inutile, elles sont ce que le puritanisme essyait en vain de conurer), fait de la résistance du monde et de sa contemplation le miroir d'une finitude morale.
La distance infranchissable rend l'idée de jugement caduque.
Ce film, en forme d'abécédaire poétique, est magnifique. Difficile de dire si c'est du cinéma primitif ou au contraire le comble du modernisme, la représentation d'une aliénation ou un kaléïdocope consolant d'images et de sensations qui ramènent à l'enfance et à la découverte progressive du monde, le regret d'un univers perdu (une nature exposée à la mort par la pollution) ou bien un effort de cerner des mécanismes abstraits et invariants dans la connaissance humaine. Froid ou hyper sensuel. Le film est simultanément tout cela.
Peut-être de manière plus théorique, on pourrait dire que le film (une heure pile) glisse progressivement d'une démarche définissant et épuisant de manière exhaustive le langage (les mots sont littéralement illustrés, par des collages d'affiches d'emblême et d'enseigne pris dans le milieu urbain, voire aussi des surimpressions, combinant parfois des amoerces d'aphorismes qui font penser au surréalisme) vers une fonction purement dénotative, à la fois fragmentaire et ouverte, oùl'image en représentant de manière réussite les couleurs et les formes, les choses, rend les mots progressivement inutiles et les remplace.
Le corps humain (hommes filmés de dos ou sur des longues focales, mais femmes et jeunes filles dont le visage est cadré) ainsi qu'une amorce d'un propos socialement plus critique (dans l'énumération se glisse des flashes de mineurs au travail, d'un homme repeignant un intérieur, d'un autre qui se promène désoeuvré et tendu dans la rue, des scènes à la fois minutieuse et ludique d'épluchage de clémentine ou de cuisson d'oeuf sur le plat), se situant au point d'équilibre entre les deux dimensions, dans une intersection et une phase itnermédiaire. Mais la fin montre quelque-chose d'autre, moins systématique; un couple dans la neige, la profoindeur de champ masquant un vallon, leur chien qui les devance dans le fondu au blanc (un plan assez proche des fins de Tarkovski en fait), et les voix mêlées d'une femme sévère et d'une petite fille qui décortiquent en une comptine des propositions qui relèvent à la fois de la logique et de l'esthétique (il ya clairement un lien entre cette esthétique et le positivisme de la philosophie analytique anglo-saxonne, Quine, Wittgenstein etc... une dimension à la fois axiomatique et religieuse, qui fait de la connaissance un instrument et de la nature une altérité transcendante et concurrente à celle de l'homme, le titre renvoie aussi un axiome de la théorie des ensembles, concernant si j'ai bien compris la possibilité de composer un ensemble infini par composition et récurrence d'une fonction portant sur des ensembles bornés) , c'est à pleurer d'émotion.




(la photographie est superbe, comparable à celle des photos de William Eggleston).
Il y a aussi quelque-chose qui peut rappeler George Perec (ils sont d'ailleurs contemporains, nés à 5 jours d'intervalle et morts à des âges proches, d'un cancer du poumon, et se ressemblaient physiquement

).