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MessagePosté: 27 Mai 2019, 15:57 
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A Foreign Affair en VO

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La très austère Phoebe Frost est envoyée à Berlin en 1946 pour enquêter sur la moralité des troupes américaines d'occupation. Elle ne découvre que marché noir et relations amoureuses entre soldats et jeunes Allemandes. Pis, une chanteuse de cabaret, au passé nazi, est protégée par un officier américain, celui-là même qu'elle avait chargé de l'enquête au départ...

Ma rétrospective Von Stroheim enfin bouclé, je me suis lancé dans celle d'un autre émigré viennois à Hollywood. Après 5 films, et malgré la présence de 2 mastodontes (Assurance sur la mort, étalon du film noir, et Le Poison, multi-primé aux oscars), je trouve déjà que Wilder n'est jamais aussi bon que lorsqu'il opte pour la comédie pour traiter d'un sujet sérieux. Et La Scandaleuse de Berlin n'en manque pas, de la description de ce Berlin post 2ème guerre mondial totalement détruit, gigantesque bordel à ciel ouvert où les femmes s'offrent aux occupant états-uniens/soviétiques/français/britanniques les plus généreux (une paire de soies valant plus qu'une tablette de chocolat), où l'on ne survit qu'en faisant appel au marché noir, du nazisme qui est très loin d'avoir été totalement éradiqué (séquence génial d'un gamin tellement endoctriné qu'il ne peut s'empêcher de dessiner des croix gammées partout) jusqu'aux militaires yankees qui s'imposent dans toute leur force impérialiste, Wilder n'épargne rien n'y personne et préfère se gausser de tous plutôt que de s'apitoyer sur la situation. Et ça marche diablement bien, on rit souvent, mais on est tout aussi souvent touché par la justesse de son regard, à la limite du documentaire lorsque sa caméra déambule dans les rues dévastées de l'ancienne capitale.

A ce fond réaliste Wilder vient ajouter l'histoire d'un triangle amoureux qui n'est pas sans rappeler Sérénade à trois, mais où c'est cette fois l'homme qui est pris entre 2 femmes. L'une (Jean Arthur), élu républicaine au congrès, tout en pudibonderie et idéalisme et qui ne tolère aucun écart des forces d'occupations (autre séquence géniale où elle voit, lors d'une tournée d'inspection en jeep, les militaires folâtrer avec les jeunes berlinoises jusqu'à en voir une arborant fièrement le Stars & Stripes sur un berceau), tandis que l'autre (Marlene Dietrich), anciennement acoquinée avec une huile nazi, reconvertie chanteuse de cabaret et dont on doute raisonnablement du véritable intérêt qu'elle porte au Capitaine Pringle (très bon John Lund, je suis par ailleurs étonné de sa carrière cinématographique famélique)
probablement à tort découvrira-t-on tardivement. C'est finalement surtout Pringle qui jouait de son amour pour elle pour mieux extirper le haut dignitaire nazi du trou où il s'était caché. L'ambivalence des sentiments de chacun des 3 personnages principaux est d'ailleurs l'un des éléments essentiels du film, entre amour refoulé, simulé ou sincère, on s'y perd et on conserve un doute pour chacun d'entre eux jusqu'à la fin du film.

Ajouté à cela une maîtrise formelle impeccable (beauté de la photo, grâce des mouvements de caméras, précision des détails tels ces jeux de réflexions dans les miroirs/vitres ou le ballet de la clé que Dietrich jette par la fenêtre), La Scandaleuse de Berlin est pour moi la première œuvre majeure de Wilder.

5/6


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MessagePosté: 27 Mai 2019, 17:49 
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Sir Flashball
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Inscription: 23 Déc 2013, 01:02
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J'avais bien apprécié sur le moment, mais 5 ans plus tard, il ne me reste rien du film.

Au final, tout ce qu'a produit le Golden Hollywood sur la vie des soldats américains en Europe me laisse assez froid. Tu as vu son Five Graves to Cairo ?

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MessagePosté: 27 Mai 2019, 17:55 
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Oui, mais celui-là est vraiment anecdotique


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MessagePosté: 10 Nov 2019, 20:55 
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Inscription: 27 Déc 2018, 23:08
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Très bon film en effet. Il rappelle un peu le Troisième Homme, mais l'angle comique confère paradoxalement au film de Wilder un ancrage dans le réel que n'a pas le film de Reed, évitant la mythologie rétro (déjà sensible dans le Troisième Homme) et son corrolaire : le fantasme d'un monde recommencé et rendu entièrement signifiant après une apocalypse purificatrice.

Ici il s'agît plutôt de débusquer comme un lapsus la part du passé qui a survécu. C'est d'ailleurs sans doute la seule comédie sur la dénazification proprement dite...faisant reposer un propos très politique (l'explication donnée par le colonel joué par Millard Mitchell sur le fait que l'armée est la mieux placée pour reconstruire une société allemande tendant vers une neutralité partisane, indispensable mais aussi impossible que le puritanisme, est d'un très bon niveau, même si cela dure à peine deux minutes) sur les mécanismes et les situations de la screwball comedy, qui était un genre par ailleurs disparu, plutôt issu de l'immédiat avant-guerre que de 1948.
Le film est aussi courageux par rapport au MCCarthysme, énonçant derrière un fond de paranoïa un pur désir (en même tempsque la fatigue précoce de ce désir) jamais reconnus. L'humour relatif à l'identité républicain du personnage de Phoebe Frost - la bien nommée - n'a pas vieilli (c'est déjà l'opposition entre l'Amérique de l'intérieur avec l'Iowa décrit comme un énorme bled et celle des côtes).
Certains dialogues sont absolument hilarants (l'usage du poème sur Paul Revere scène qui enfonce la période Farrelly, ou encore le dialogue sur les prénoms lors de la deuxième scène de la clé).

Malgré tout le film peut être très émouvant , notamment du fait de l'émergence de l'espèce de solidarité féminine
la raison du comportement de Dietrich, plutôt qu'une nostalgie idéologique, est le trauma des viols lors de la chute de Berlin, qui donne lieu à un énorme besoin de sécurité la rendant finalement cynique, autant dépendante que désabusée,
qui finit par relier Jean Arthur et Marlene Dietrich (
le moment où Phoebe jette elle-même la clé de Dietrich :cry:
) . Le film est d'ailleurs une forme de récit d'initiation féminin rare dans le cinéma de l'époque, centré sur un personnage a priori ingrat : une députée républicaine dans la quarantaine, ai départ provinciale et sottement autoritaire, qui finit par prendre de plus en plus d'épaisseur, en acceptant des blessures et de l'incommunicable. Mais cette profondeur affective est peut-être aussi la principale du faiblesse du film, car cela se traduit par une forme d'imprécision de l'intrigue, qui lui donne au film un aspect légèrement "malade"
(dénouement adrupt -et hors champ- où le retour suicidaire dignitaire nazi caché est un pur deus ex-machina providentiel - c'est un peu plaqué sur le film, même si Wilder n'est pas mauvais pour filmer l'action, )
... on a l'impression que les personnages luttent entre eux pour prendre la conduite du récit et se neutralisent "exisentiellement", qui est finalement occupée par l'administration d'occupation elle-même plutôt qu'un personnage, du fait de cette concurrence, et qu'ils se rabattent sur les pronblèmes de cul par désoeuvrement ou par calcul.

Jean Arthur (que je ne connaissais pas) est assez étonnante , elle a un jeu peut-être un peu caricatural (le zézayement) mais aussi assez moderne, avec une forme de folie douce (à la Valérie Mairesse), contrôlée et socialement signifiante, mais derrière laquelle la personnalité réelle de l'actrice reste indiscernable.


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