Art Core a écrit:
Half-Man de Richard Gadd (dont je suis surpris que pas plus de personne n'en parle après le succès de Baby Reindeer) :
Moins forte que Baby Reindeer mais creusant les mêms dynamiques d'une relation ultra toxique de codépendance. Et Richard Gadd, impressionnant, passe de victime à bourreau dans ce rôle de mec macho et incapable de contenir ses accès de violence. C'est vraiment fort et bien écrit, sans aucun manichéisme (le personnage de Jamie Bell est presque aussi détestable) avec des thématiques sous-jacentes très pertinentes comme l'homosexualité, l'attirance pour la violence etc... Cependant je me dit que la série aurait pu être un film bien plus intense et contenu que ces 6 épisodes qui se répètent un peu. Surtout que la construction est un peu putassière (tout est raconté en flash-back à partir d'un affrontement final dont on ignore l'issue).
C'est dommage parce que la série parvient par instants à vraiment te tordre le bide face à des situations où tu sens que ça va péter à tout moment et partir dans une violence totalement absurde et injustifiée. En tout les cas ça reste une proposition vraiment originale et jusqu'au-boutiste (même si on se serait passé là aussi de l'aveu final d'agression sexuelle par son père du personnage de Gadd, comme pour justifier sa personnalité malade).
Si la qualité de jeu et d'écriture sont indéniablement au rendez-vous et qu'il est intéressant de voir Gadd continuer à naviguer, au travers de la fiction pure cette fois et non de l'autobiographie, les rapports toxiques et la relation ténue entre le trauma et la masculinité, je dois avouer avoir eu un peu de mal avec ces personnages instantanément détestables, qu'il s'agisse du bourreau ou de la victime. Je ne cherche évidemment pas à juger, blâmer, et j'adhère plutôt à la philosophie que tout est le monde est récupérable, et la série ne cherche pas à gagner notre sympathie ou notre allégeance pour quiconque mais simplement à expliquer, ou même pas, explorer les circonstances, quand bien même elles ne seraient pas atténuantes, qui créent des êtres aussi
fucked up. Alors c'est dur. C'est dur de s'attacher, c'est dur d'être en empathie (Ruben est trop un connard dangereux dès le départ pour que l'on ressente l'attirance qu'a Niall pour lui), c'est dur à regarder tant ça peut être violent, physiquement mais aussi moralement, et en un sens, c'est la grande réussite de la série, d'avoir su cultiver cette tension, communiquer cette peur, cette pression. Certains détails peuvent paraître arbitraires, notamment dans la deuxième moitié de cette mini-série en 6 épisodes, lorsque les rebondissements tendent à se faire plus poussifs, mais il y a régulièrement un face-à-face qui dure, royalement dialogué et joué, où l'authenticité et l'humanité l'emportent, malgré les couches de saleté.