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 Sujet du message: Cure (Kiyoshi Kurosawa - 1997)
MessagePosté: 31 Oct 2011, 22:19 
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Inscription: 13 Mai 2010, 11:50
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Kyua (キュア) en VO.

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Une série de meurtres particulièrement violents laisse la police perplexe. Les victimes ont eu les deux carotides tranchées de coups de couteau formant un X. A chaque fois, les assassins sont retrouvés sur les lieux du crime en état de grande confusion mentale et semblent n’avoir aucun motif susceptible d’expliquer leur geste.


Plus le film est bon, plus j'ai la flemme en fait... Alors pour résumer mal : la magie si particulière du style Kurosawa, que je trouve sous forme de pépites isolées dans le trop cru Kaïro, et peut-être un peu trop diluée dans Tokyo Sonata, constitue ici l'affaire de toutes les scènes, de tous les plans. C'est la matière de base. Peut-être parce que le genre au départ est plus clair (un film de serial-killer), et qu'il est plus simple d'en retourner les codes ; je ne sais pas...

L'horreur y devient pure poésie. Les éléments habituels (l'enquête dépressive, le tueur génial, la vie personnelle compliquée du héros, la parabole d'un Japon de solitude) s'agencent avec une grâce qui ne faillit peut-être que vers la toute fin, quand le film se retrouve un peu là où on l'attendait, alors que jusqu'ici il ne faisait que nous surprendre. Mais la plupart du temps il me donne une impression qui m'a déjà frappé chez Tarkovski par exemple (ou Miyazaki d'ailleurs, mais ca fera moins sérieux :D ) : le sentiment que ces réalisateurs se sont fait une idée précise, intime, de ce qu'ils considèrent comme étant "cinématographique", et que l'enjeu est d'incarner cet idéal sans interruption, de ne jamais relâcher l'étreinte en revenant à des scènes fonctionnelles s'activant au simple "traitement" d'un récit. Comme une note que le film chercherait sans cesse à atteindre et à conserver chantée... Et tout comme Miyazaki construit ses films directement par la mise en scène, sans scénario, j'ai le sentiment que rien dans l'horreur telle que la conçoit Kurosawa ne peut exister si elle n'a pas ce caractère "magique" des éléments entièrement issus d'une pensée cinématographique (si elle n'est pas uniquement définissable par un mouvement, un trouble de la lumière, une façon d'être cadré).

Je me retrouve encore une fois à pas parler du film lui-même, mais plus je vois de films actuels réussis, plus j'ai l'impression que quelque chose s'est bâti depuis les années 70, qui part du cinéma de Tarkovski, qui n'est ni du cinéma classique ni du cinéma moderne, mais une esthétique liée à la transcendance. Quelque chose de l'ordre de la calligraphie de mouvement et de temps, qui prend accroche sur les jeux de lumière ou d'éléments. Bref, il faudrait être hyper rigoureux et bosser pour pouvoir avancer quelconque idée sérieuse sur la question, mais je retrouve en tout cas cette "tendance" ici dans cette façon de transformer la pulsion de meurtre en haïku, pulsion qu'on passe comme on transmet la grâce : pas de raisons aux crime, c'est bien là tout le problème des enquêteurs dans le film. L'horreur se transmet comme un sortilège, un chaos ravissant.

Malgré quelques défauts qui me font tiquer (une fin qui ne tient pas toutes ses promesses, donc), je crois que je tiens là, d'assez loin, mon film d'horreur ET mon film policier préféré. Quoique Kurosawa imprime tellement sa marque sur la façon dont le récit avance que je ne sais pas si le genre (qui pour le coup ici est à milles lieues du bidouillage référentiel néoclassique) veut encore dire grand chose dans cette configuration.


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MessagePosté: 01 Nov 2011, 09:42 
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Antichrist
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J'adore ce film. J'adore Kurosawa. Tu en as vu d'autres ?


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MessagePosté: 01 Nov 2011, 09:55 
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Inscription: 13 Mai 2010, 11:50
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Seulement les deux que je cite. D'après ce que j'ai lu, les meilleurs ensuite sont Séance et Jellyfish, c'est ça ?


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MessagePosté: 01 Nov 2011, 11:12 
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Antichrist
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Inscription: 04 Juil 2005, 21:36
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Séance, j'avais bcp aimé, moins Jellyfish. Je conseille plutôt Rétribution.


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MessagePosté: 26 Nov 2021, 22:16 
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Inscription: 20 Fév 2008, 19:19
Messages: 10422
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Effectivement c'est extraordinaire. Le premier tiers m'a un peu endormi, la faute notamment à une mécanique un poil répétitive, mais je pense que c'est l'effet recherché avant un glissement dans l'horreur psychologique des plus virtuoses.

Kurosawa compose minutieusement chaque plan et chaque séquence pour que les détails soient tous flippants et instillent le doute: c'est tel cut sur l'inspecteur qui a la tête déjà levée de manière curieuse dans l'ombre, au second plan; telle infirmière endormie et prostrée sur une table, au dos curieusement creusé comme un cadavre; ou encore le reflet en de multiples flammes d'un briquet sur des livres, matérialisant l'aspect satanique du rituel meurtrier.

Les dix dernières minutes sont un peu banales malheureusement, même si la toute dernière scène entretient un doute fécond thématiquement:
est-ce que c'est la patronne que l'on voit glisser un mot à l'oreille de la serveuse qui la téléguide pour tuer l'inspecteur? est-ce lui qui détient désormais le secret après avoir écouté la voix du génie du mal originel dans le grammophone? Il allume bien une de ces satanées clopes...


Vous aimez les thrillers psychologiques américains? Vous devez absolument voir ce film qui offre un regard à la fois très différent et complémentaire.


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MessagePosté: 27 Nov 2021, 04:25 
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Mon préféré avec Tokyo Sonata ! Ça fait un bail que je dois me le refaire, merci du rappel Baptiste :)


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MessagePosté: 06 Jan 2026, 16:31 
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Inscription: 25 Nov 2005, 00:46
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Localisation: Fortress of Précarité
A chaud, même si j'ai apprécié la variation originale qu'il apporte au serial thriller en se servant des codes du genre pour les détourner dans l'objectif d'une réflexion nihiliste (aucun meurtre n'a de "sens"), j'étais un peu moins convaincu par l'ensemble que pour Kaïro, sans doute parce que la narration, adoptant la même arythmie délibérée mais défaite de l'atmosphère lancinante pourvue par les visions fantastiques, m'a dérouté, en révélant son mystère très tôt dans le récit (et je trouve toute la trame concernant la femme du protagoniste un peu artificiellement insérée).

Mais, alors que j'écris ces lignes, le film continue d'occuper mon esprit, notamment pour cette peinture d'un Japon dont la population semble sujette une fois de plus à une sorte de psychose collective qui gagne les gens un à un. Dans Kaïro, c'est Internet qui perdait les individus sans explication rationnelle, ici, même si l'hypnose de l'antagoniste apporte une réponse concrète, il reste ce sentiment que tout le monde peut s'oublier, perdre son identité, jusqu'à devenir un tueur en puissance, laissant libre cours à ses ressentiments refoulés (à ce titre, je trouve la fin glaçante).

Dans cette optique, l'approche formelle de Kurosawa trouve son sens, elle. C'est l'horreur de ce qu'elle a de plus banal. Le metteur en scène ne filme pas l'enquête comme un thriller haletant, comme un jeu de pistes fait de hauts et de bas, mais comme une succession de scènes entre quatre murs qui se soldent par une impasse, comme ces interrogatoires avec un tueur dont la nature dépassionnée imprègne le film.

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