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Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)
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Auteur:  Caribou [ 29 Déc 2015, 01:38 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Abyssin a écrit:
Caribou a écrit:
(Renaissance qu'il a bien aimé,

Oulà j'ai trouvé ça moyen et light, je lui ai mis la moyenne, c'est pas non plus le film que je recommanderais.

Sur le Pariser, c'est effectivement assez bavard et littéraire mais les dialogues sont dynamiques et font avancer l'histoire. Pas le genre de film français chiant où les personnages parlent trop et tu as envie de leur dire de se taire. Un peu comme chez Tarantino, ils sont moteurs de l'action et il y a pas mal de digressions assez savoureuses qui en disent long sur les personnages. Après Tarantino c'est Rockn Roll, là c'est plus "littéraire".


français si tu veux.
Je crois que c'est à l'époque de Death Proof que Tarantino faisait la blague que c'était inspiré de Rohmer (et de Paul Mazursky, l'ancêtre d'Appatow, tendance Allen-Rohmer). Il était sans doute à demi-sérieux vu qu'il n'aura jamais de prise aussi directe sur Rohmer que nous et qu'il voulait dire que c'était la parlotte qui l'intéressait.

Auteur:  Art Core [ 29 Déc 2015, 10:06 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

J'ai vu le film il y a quelques temps et je ne m'attendais pas du tout à un tel enthousiasme critique.

Pas que le film soit totalement raté mais qu'il me semble quand même bien perfectible. En fait rarement je n'avais autant eu la sensation d'un film se trompant totalement de sujet et ne racontant pas la bonne histoire, celle qu'il avait initialement entrepris.

Le début est assez génial, la première scène de discussion entre Dussolier (absolument génial) et Poupaud notamment est vraiment brillamment écrite et même mise en scène. Cela ouvre la voie à une espèce de thriller politique de haut vol, sombre et sophistiqué. La description de la vie du personnage de Poupaud m'a aussi immédiatement charmée avec cette espèce de romantisme fissuré à l'épreuve de la réalité où cet écrivain raté vit dans un studio pourri et va draguer des jeunes étudiantes au Gibert Joseph.

Sauf que tout déraille. A un moment donné, dans une autre excellente scène Dussolier dit à un personnage "vous allez regretter le contenu de cette enveloppe", comme le dialogue prophétique du chaos à venir, forcément excitant et prometteur. Excepté que Pariser prend l'étrange décision de déplacer son personnage hors du conflit, racontant soudain un tout autre film où les manigances politiques et les coups bas ne sont plus qu'une bataille livrée au loin sans qu'on ait le loisir de l'apprécier. Et tout ça pour quoi ? Pour une amourette un peu convenue et pour une description totalement anachronique des milieux radicaux d'extrême gauche ? Le film se fait soudain presque ringard, limite indécent même quand en 2015 le premier ministre fait apparemment un discours sur les terroristes d'extrême gauche. Je veux bien que le film joue d'une certaine nostalgie et appelle beaucoup à un certain cinéma politique des années 70 mais on peut dire qu'il tombe assez mal et que cette inquiétude de l'action violente politique paraît presque obscène. Tout cela retombe bien mal dans un dernier acte assez confus (j'ai pas vraiment compris la fin
elle était elle aussi infiltrée et elle l'a trahit ?
) et volontairement déceptif.

Ceci étant dit il faut vraiment reconnaître au film une vraie puissance que ce soit dans sa mise en scène (le film est vraiment beau, on sent un vrai travail de repérage, chaque décor a une vraie personnalité, que ce soit cette maison de campagne ou l'Angleterre a la fin, la photo est vraiment chouette) ou dans l'écriture (très beau monologue final de l'ex même s'il ne m'a pas ému). On sent vraiment un talent fou et une vraie ambition à mi-chemin entre quelque chose de très réaliste et froid mêlé à une forme de fantasme de romanesque anachronique (cette sous-intrigue avec le philosophe envoyée au Brésil) qui pourrait donner de fort belles choses dans l'avenir. Mais en l'état je trouve le film partiellement raté.

3/6

Auteur:  Zad [ 29 Déc 2015, 12:08 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

J'ai l'impression qu'une sorte d'indulgence amitieuse n'est pas étrangère au succès critique...

Auteur:  Caribou [ 29 Déc 2015, 13:58 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Lu aucune critique mais vu la qualité du cinéma français moyen, une bonne presse ne me choque pas. Ce n'est ni la sinistre farce Tip Top ni un scénario pseudo-sophistiqué comme peut en écrire Bonitzer (l'insupportable Généalogies d'un Crime avec Poupaud, ou les Rivette qu'il a pu écrire et leurs dialogues pseudo-intellos).

Art Core a écrit:
Sauf que tout déraille. A un moment donné, dans une autre excellente scène Dussolier dit à un personnage "vous allez regretter le contenu de cette enveloppe", comme le dialogue prophétique du chaos à venir, forcément excitant et prometteur. Excepté que Pariser prend l'étrange décision de déplacer son personnage hors du conflit, racontant soudain un tout autre film où les manigances politiques et les coups bas ne sont plus qu'une bataille livrée au loin sans qu'on ait le loisir de l'apprécier. Et tout ça pour quoi ? Pour une amourette un peu convenue et pour une description totalement anachronique des milieux radicaux d'extrême gauche ? Le film se fait soudain presque ringard, limite indécent même quand en 2015 le premier ministre fait apparemment un discours sur les terroristes d'extrême gauche. Je veux bien que le film joue d'une certaine nostalgie et appelle beaucoup à un certain cinéma politique des années 70 mais on peut dire qu'il tombe assez mal et que cette inquiétude de l'action violente politique paraît presque obscène. Tout cela retombe bien mal dans un dernier acte assez confus (j'ai pas vraiment compris la fin
elle était elle aussi infiltrée et elle l'a trahit ?
) et volontairement déceptif.


Sauf que Julien Coupat, Tiqqun, et sa communauté de gauchos (agrémentés de quelques actions de sabotages si je me souviens bien), c'était il y a dix ans, pas trente, quarante. A peu près l'époque où se situe le film. Volontairement déceptif? Je ne sais pas. Après la réalité est dérisoire, pourquoi le film ne le serait pas aussi dans ses enjeux? Après narrativement, Pariser gère pas trop.

Auteur:  Art Core [ 29 Déc 2015, 14:05 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Oui mais aujourd'hui parler en 2015 de terrorisme d'extrême-gauche me paraît totalement anachronique. Genre le premier ministre ferait un discours précisément sur ce sujet ? Le film sort un mois après des attentats d'une ampleur dont l'extrême gauche n'a jamais été coupable. On a un peu le sentiment que le film construit une France purement fantasmée et romanesque, nourrie du cinéma contestataire et politique des années 70. Une fois de plus pourquoi pas ? Mais du coup j'ai le sentiment qu'il y va pas à fond et cale un peu dans un entre deux où il veut quand même dire des choses pertinentes et actuelles sur le pouvoir et la politique.

Auteur:  Caribou [ 29 Déc 2015, 14:28 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Je vois ce que tu veux dire mais ça ne m'a pas trop dérangé.
ces films sur des extrémistes de gauche se ressemblent tous un peu, et sont forcés de la jouer en mineur depuis qu'ils ont été repoussés à la marge du paysage politique (Simple Men de Hal Hartley, Contrôle d'Identité de Christian Petzold, A Bout de Course de Sidney Lumet).
Ce qui n'est pas vraiment réglé, c'est le sort du personnage de Dussollier, de même qu'on a dû mal à imaginer comment se manifesterait concrètement son travail de sape. Je crois que le réalisateur est plus intéressé par son dialogue cynique sur la manipulation du débat politique (le bruit de cloche parmi un concert de cloches)

Auteur:  Art Core [ 29 Déc 2015, 14:37 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Clair que le personnage de Dussollier si prometteur dans la première partie est la grosse déception du film.

Auteur:  Karloff [ 25 Sep 2016, 13:49 ]
Sujet du message:  Re: Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Premier film très original, pas totalement abouti - le deuxième tiers patine un peu et la scène d'action manque de peps - mais toujours prenant grâce à un excellent personnage - joué par le précieux Melvil Poupaud - et le sentiment (que j'aime au cinéma) d'être autant dans le flou que le héros. Cela m'a fait penser au Ghost Writer de Roman Polanski. J'aime beaucoup le background du film, qui m'a d'ailleurs fait penser - et l'on en retrouve des traces dans la répression exagérée des manifs de la loi travail que jusqu'en janvier 2015 -, le véritable ennemi intérieur pour le renseignement était les groupuscules de l'ultra-gauche.

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