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MessagePosté: 13 Jan 2017, 00:31 
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Pfooo.

Rares sont les films dont je me suis dit en sortant de la salle que j'allais avoir du mal à mettre des mots dessus.
Heureusement qu'un concours de circonstances m'a tenu éloigné de mon ordi toute la journée, cela m'aura permis de cogiter avant d'essayer de poster un avis et si le projet du film m'apparaît limpide désormais, l'oeuvre, sans doute la plus audacieuse et différente de Scorsese depuis 15 (Gangs of New York) ou 20 ans (Kundun), ne m'a pas semblé se livrer facilement dans un premier temps.

Silence est aussi riche dans son étude de la foi que son titre l'est en niveaux de lectures.

À la conférence de presse, on a eu droit à une inévitable question un peu bête de la part d'un gars qui dit qu'il s'agissait formellement du film "le moins scorsesien" de son auteur. Voilà ce qui se passe quand on a pas beaucoup de culture.
Dès le tout premier plan, Silence est très beau - ça reste un film avec une photo de Rodrigo Prieto et des décors de Dante Ferreti - mais marque effectivement le retour de Scorsese à un style de film plus austère que ses derniers. Le mec enchaîne Le Loup de Wall Street, dont la structure et le rythme sont cuits à la perfection dans le moule déjà vu des Affranchis et Casino, avec un film qui renvoie à l'aridité de La Dernière tentation du Christ. Une fois de plus après ce dernier, ainsi que Kundun, Scorsese troque le territoire urbain qui définit tant son cinéma - de Mean Streets à Le Loup de Wall Street, la rue est omniprésente dans la filmographie du cinéaste - pour des contrées désertiques, comme si le chemin de croix de ses protagonistes croyants, qu'il s'agisse de Jésus ou du Dalai Lama, ne pouvait se faire qu'au travers d'un tel décor, représentation visuelle de la privation, de l'absence de réponses. Du silence.

Il est dit dans le film que le christianisme ne peut pas prendre au Japon car c'est un pays marécageux où rien ne peut pousser et si Scorsese travaille la texture de ses images avec ces plongées divines sur l'eau ou l'herbe balayées par le vent, ce n'est jamais pour sublimer la nature mais pour en épouser le caractère imposant. Des grottes hantées sur les plages de sable noir jusqu'à la marée crucifiant inlassablement les victimes de la persécution, Silence propose un voyage au cœur des ténèbres, avec le Père Ferreira (Liam Neeson) en lieu et place de Kurtz, et donc en réalité un séjour introspectif dont le paysage n'est autre que l'illustration. Chaque fois qu'intervient le doute, arrive la brume.

Par sa durée et par son Scope, Silence témoigne d'une indéniable ampleur mais ce n'est pas 2h41 de vistas incroyables, aussi esthétiques que peuvent être les cruelles scènes de torture, c'est 2h41 de Jésuites enfermés qui ne font pas grand chose à part se poser des questions sur la conduite à adopter et à parler à un Dieu qui reste muet.
Durant tout le deuxième acte, sans doute le plus répétitif, le temps peut paraître long mais cette prise de temps est nécessaire pour montrer le supplice, celui vécu par les chrétiens japonais mais aussi celui de Rodrigues (Andrew Garfield) dans son exhaustivité. Malgré cela, la démarche n'est jamais complaisante. Silence c'est l'anti-La Passion du Christ (d'ailleurs, entre le Gibson et le Scorsese, les convictions religieuses d'Andrew Garfield ne sont plus un mystère). Zéro emphase, zéro musique. Le silence.

Un silence qui est donc celui de Dieu, muet face aux questions du dévot, mais également celui dudit dévot, lorsqu'il comprend enfin que la foi ne dépend pas d'icônes ou de totems.
Peut-être encore plus que dans l'arc du personnage principal, ce propos se retrouve symbolisé par le sublime personnage de Kichijiro (Yōsuke Kubozuka), d'abord vu comme un lâche alors qu'il s'agit peut-être de celui qui a tout compris, caractérisant à lui seul la particularité à la fois charitable et hypocrite de la notion de confession et de pardon propre au catholicisme.
Avant Rodrigues, Kichijiro a compris qu'il fallait abandonner son orgueil, un péché capital après tout. Le plan-clé du film, c'est celui où Rodrigues voit le visage de Jésus dans son propre reflet narcissique et éclate de rire. S'il se voit un temps en martyr similaire, ce n'est que plus tard qu'il comprend que la foi est quelque chose d'intérieur. Elle est en lui.
Et d'ailleurs, quand il finit par entendre la voix de Jésus, j'ai cru reconnaître la voix de Ciaran Hinds, aperçu au tout début du film, et j'en ai eu la confirmation après dans un article. Choix qui en dit long.

Dès le départ, la mise en scène évoque la question du point de vue, triplant la voix off comme dans ses films de gangsters, brisant délibérément la faute des 30 degrés dans un raccord lors d'un champ-contre-champ entre trois personnages pour passer du point de vue de Rodrigues à celui de Garupe (Adam Driver). Tout au long du film, ces points de vue vont se confronter, sur l'attitude à adopter, sur les préceptes à enseigner, pour être un bon chrétien.

Et ainsi s'exprime le point de vue de Scorsese, remettant en question la religion en ne limitant pas la spiritualité aux normes imposés par l'Église.
Et si la foi se vit en silence, cela signifie aussi qu'elle se vit sans prosélytisme. Au départ, on croit que le film ne va pas évoquer le péché originel des chrétiens parti convertir une autre culture à leur croyance mais au fur et à mesure, les japonais ne sont plus diabolisés mais justifiés. Le film renvoie face à face le colonialisme européen et l'inquisition japonaise et le constat est le même dans un sens comme dans l'autre, résidant dans le dicton local cité dans le film : "Les montagnes et les rivières peuvent être bougées mais pas la nature de l'Homme". Tu peux essayer de convertir un peuple et tu peux essayer de pousser un croyant à renier sa foi mais l'entreprise est vouée à l'échec.

Même en tant qu'athée, ou peut-être justement parce que le suis, j'ai trouvé Silence d'une densité et d'une beauté humaine vraiment puissante.

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 01:48 
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Tu t'es sorti les doigts©.

©Film Freak


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MessagePosté: 13 Jan 2017, 01:54 
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Film Freak a écrit:

Dès le départ, la mise en scène évoque la question du point de vue, triplant la voix off comme dans ses films de gangsters, brisant délibérément la faute des 30 degrés dans un raccord lors d'un champ-contre-champ entre trois personnages pour passer du point de vue de Rodrigues à celui de Garupe (Adam Driver). Tout au long du film, ces points de vue vont se confronter, sur l'attitude à adopter, sur les préceptes à enseigner, pour être un bon chrétien.



Oui, c'était génial ça sur la séquence où on les voit la première fois.

Ca m'a rappelé sur le coup le plan de début de Bridge of Spies (dont Scorses a dit être admiratif lors d'une conf avec Spielberg).

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 08:52 
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Ta critique donne envie tout en me faisant craindre un film chiant.

Pas de parallèle avec Mission ? Moins démonstratif, je présume.


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MessagePosté: 13 Jan 2017, 08:55 
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Pas vu Mission.

Je pense que beaucoup de gens risquent de se faire chier, oui.

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 09:48 
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C'est clairement évoqué dans plusieurs critiques internationales ( trop long, trop lent reviennent souvent) ou même dans les plutôt positives comme celle du New Yorker ( film imparfait ne démarrant qu'après 2 heures)


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MessagePosté: 13 Jan 2017, 10:03 
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Impatience folle.

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 10:07 
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Mr Degryse a écrit:
( film imparfait ne démarrant qu'après 2 heures)

Oui alors faut ne rien comprendre au film et au principe de storytelling pour dire ça.

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 11:05 
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Art Core a écrit:
Impatience folle.

Oui ça monte là. Je le vois le 20!

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 11:07 
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Citation:
Oui alors faut ne rien comprendre au film et au principe de storytelling pour dire ça.


Possible pas encore vu.


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MessagePosté: 13 Jan 2017, 11:17 
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La réponse de l'école jésuite à la proposition évangeliste de Terrence Malick.

5/6 film très fort, je trouve le deuxième acte trop long, j'ai un peu de mal avec Andrew Garfield. Mais le décrochage narratif de la dernière demi-heure m'a soulevé de mon fauteuil et le film devient alors limpide et d'une force.

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 11:24 
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Citation:
j'ai un peu de mal avec Andrew Garfield.


C'est aussi ce qui revient assez souvent

Camilla Long du Sunday times :

“What is this film actually about? If there is an actor who can persuade me that stamping on an image of Christ is a moment of thrilling drama, it is not Garfield ... "


Cela reste le film de 2017 que j'attends le plus


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MessagePosté: 13 Jan 2017, 11:29 
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tape dans ses mains sur La Compagnie créole
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Karloff a écrit:
le décrochage narratif de la dernière demi-heure

Ouuuuh tu me prends par les sentiments toi..

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MessagePosté: 13 Jan 2017, 11:38 
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Pas d'AP prévu sur Paris pour l'instant :(.

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CroqAnimement votre


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MessagePosté: 13 Jan 2017, 12:41 
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Citation:
À la conférence de presse, on a eu droit à une inévitable question un peu bête de la part d'un gars qui dit qu'il s'agissait formellement du film "le moins scorsesien" de son auteur. Voilà ce qui se passe quand on a pas beaucoup de culture.


Ce mépris :lol:


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