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MessagePosté: 30 Aoû 2012, 22:34 
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Hanyeo (하녀) en VO, The Housemaid à l'international.

Image

Dong-sik, qui enseigne la musique dans une usine pour femmes, vient d'emménager sa famille dans une grande maison neuve. Afin de soulager son épouse, il emploie une servante recommandée par une de ses élèves. Mais celle-ci ne tarde pas à tisser un lien ambigu avec le maître de maison...


Personne n'a essayé, du coup ? Faut se rassurer, c'est pas de la fausse ressortie surfaite et décevante : le film est inégal mais costaud. Au fur et à mesure de la vision, on se rend d'ailleurs compte que c'est finalement bien moins proche d'un Théorème (une démonstration qui serait plus théorique, politique) que d'un vrai film d'horreur, un truc qui pourrait par exemple évoquer Bava (enfin de ce que j'en ai vu). La grande réussite du film, c'est d'abord Eun-shim Lee, qui joue à la fois comme une attardée et comme une sorte de démon jaloux : son visage étrange et buté, assez fascinant, et toute l'imagerie phobique qui en découlent, empêchent au film de devenir un objet froidement démonstratif. Je veux pas le couper de son contexte et de son projet : le réal fait clairement le portrait d'une famille qui sacrifiera tout plutôt que la sacro-sainte cellule familiale, et laisse résonner en sourdine, via son héroïne, l'idée discrète d'une vengeance sociale (sans compter que, pris sous un angle fantastique, la famille est comme "punie" d'avoir souhaité accéder à une maison plus riche).

Mais globalement ce qui reste c'est surtout cette impression de claustrophobie intense, de récit hyper dense, à travers un décor-cage utilisé à la perfection (l'escalier, les portes coulissantes, les fenêtres et leur balcon), et qui à force de tourner en rond dans cet espace réduit parvient à nous faire gober une logique narrative improbable (en cela ça rappelle d'ailleurs un peu The Servant de Losey, qui tournait lui aussi tout autour d'un escalier). Passé la moitié du film, les personnages adoptent en effet un comportement de plus en plus irrationnel, mais le film nous a alors tellement mis "en boîte", comme le petit écureuil qui gambade dans sa roue, que les réactions les plus absurdes passent sans le moindre souci. Le côté oppressant vient aussi du fait que jusqu'aux enfants, aucun des personnages n'est un archétype : ils ont chacun une personnalité marquée et une accumulation de défauts qui évite l'impression de jeu de massacre un peu stérile, qui évite en quelque sorte une jouissance décontractée du carnage à l’œuvre.

Passé un début un peu lent, le film est brillant tant qu'il garde ce cap "série B" (la scène au verre d'eau recraché, terrible, la salle entière parcourue d'un frisson ; ou encore la fuite après le coup de poignard, qui donne soudain une image de la folie dans laquelle a basculé cette maison pour toute personne extérieure) ; tout au plus peut-on reprocher au réal un symbolisme un peu lourd, et une utilisation abusive de ses effets musicaux. On le sent néanmoins sur la fin un peu moins à l'aise pour conclure, et toute la dernière séquence entre le maître et la servante, ainsi que le monologue conclusif absolument WTF, laissent une impression un peu brouillonne. Ça manque vraiment d'un grand final, et la tension qui s'était graduellement accumulée retombe un peu comme un soufflé.



La copie : La restauration est dans l'ensemble impeccable (même si l'image est très grise), mais certains choix peuvent gêner (au lieu de sautes pour les images manquantes, le son continue et elles sont passées en noir, ou alors freezées pour les coupes très courtes). Le plus dommage concerne les deux bobines manquantes, remplacées par une copie anglaise qui a pris hyper cher, et dont il a fallu gommer les sous-titres incrustés (même effet que lorsqu'on gomme le logo des séries US, sauf que là ça prend la moitié de l'écran). En l'état, on voit mal comment ils auraient pu faire mieux, on sent qu'ils se sont fait grave chier, mais ça laisse espérer qu'on retrouvera un jour une copie correcte et entière pour bénéficier d'une restauration complète, parce que le film le mérite largement.


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MessagePosté: 31 Aoû 2012, 07:06 
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Inscription: 25 Déc 2008, 02:29
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Tom a écrit:
Personne n'a essayé, du coup ?

Si si, et j'en suis resté au monologue conclusif absolument WTF.

Je crois que la rangée de soixante-huitardes/lesbiennes derrière moi était indignée.


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MessagePosté: 31 Aoû 2012, 08:13 
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Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Oui j'y suis allé aussi.
C'est assez inégal quand même entre un début laborieux et son utilisation irritante des effets musicaux. Mais il faut dire que dès qu'on se retrouve à huis-clos dans la maison le thriller psychologique se transforme un pur film d'horreur et c'est assez jouissif. D'autant qu'on sent que le réalisateur s'amuse perversement avec ses personnages, avec ces décors factices dont une façace est recouverte de vitre pour laisser à quiconque le loisir d'observer ces souris de laboratoire.
J'aime vraiment ce côté spirale de la violence totalement incontrôlée et qui se permet des choses assez surprenantes pour l'époque. Après je suis pas à fond tout le temps.

Par contre j'aime beaucoup le discours final hyper osé aussi et totalement ironique.

4/6

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MessagePosté: 31 Aoû 2012, 16:05 
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Inscription: 17 Aoû 2009, 20:40
Messages: 330
J'y suis allé aussi et même si j'y vois des maladresses (la musique, comme évoqué, mais aussi une hystérie parfois un peu "lourde"), c'est surtout l'audace thématique et la force visuelle qui me restent quinze jours plus tard ! Un film sacrément imprévisible et moderne... avec une fin effectivement déconcertante. J'ai pas super envie de voir la version d'Im Sang-Soo qui a l'air vachement plus clean...

4/6


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MessagePosté: 31 Aoû 2012, 16:41 
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Inscription: 22 Fév 2012, 18:19
Messages: 403
J'y étais également, il y avait même Jack Lang deux sièges plus loin à ma séance. Très beau travail de restauration tout d'abord (sauf sur certaines scènes même si ils ont fait ce qu'ils pouvaient), puis le film est loin d'être une curiosité et mérite amplement son statut de classique du cinéma corréen. J'aime beaucoup ce genre de récit en engrenage qui fait monter la tension, qui plus est dans un lieu resserré parfois aux allures de toile d'araignée (les murs de l'escalier). Tendu mais presque ironique par moment comme les chamailleries des enfants, ou cette fin vraiment surprenante qui nous met dans le doute: étions-nous dans la tête d'un mari qui imaginerait les pires conséquences découlant d'une adultère désirée ? En tous cas je suis content d'avoir tenté le coup alors que j'y allais plutôt à reculons.

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