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MessagePosté: 04 Nov 2017, 00:16 
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Et bé putain.

J'étais curieux mais je ne m'attendais pas à kiffer, surtout que j'avais trouvé le précédent Lowery, Peter & Elliott le dragon, plutôt banal (et que je n'avais pas été attiré par Les Amants du Texas) mais je peux confirmer tout le bien qui a été dit sur ce film, à la fois aussi simple que son titre l'indique et ambitieux dans tout ce qu'il englobe de l'expérience humaine.

Dès les premières minutes, il y a ce montage éclaté, qui parvient à être à la fois impressionniste et naturaliste et à se teindre de touches élégiaques, dans le rapport à la lumière, même si ce n'est qu'un reflet, ou aux étoiles, préfigurant ce que le film peut présenter par la suite de cosmogonique. Et d'emblée, j'étais conquis. J'étais avec ce couple indéfini. J'étais dans cette maison tout ce qu'il y a de plus lambda et qui va devenir une maison hantée un peu à part.

Le postulat semblablement absurde de choisir comme représentation du fantôme le cliché gagesque de la silhouette sous un drap blanc avec deux trous pour les yeux n'est même pas drôle un quart de seconde avant d'arborer instantanément une nature profondément mélancolique, s'avérant pour le moins parfait pour illustrer cet être devenu invisible, dépourvu de son humanité donc de son corps et de son visage. Il n'est plus qu'un spectre, avec la même silhouette que la mort mais en plus triste.

De manière générale, la façon qu'a le film de revisiter le genre du film de fantômes et plus précisément du film de maison hantée est particulièrement habile, que ce soit quand il donne ouvertement dans le genre pur ou quand il s'en sert comme prétexte pour littéraliser la façon dont on peut s'attacher à un lieu ou comment ce lieu se retrouve imprégné des souvenirs de toute une vie, et même de plusieurs vies. Dans un cas comme dans l'autre, l'exercice se fait puissant, que ce soit dans la forme pour le premier exemple ou le fond pour le second.

Il n'y a que deux séquences que je trouve un peu ratées, l'une muette et l'autre bavarde (vous saurez immédiatement lesquelles en voyant le film), parce qu'elles sont trop grossières dans leur exécution, trop longues, trop jurantes, nonobstant leur pertinence thématique.

Le reste du temps, au travers d'une écriture elliptique mais qui ose tout et d'un montage très adroit dans les transitions et la manière de montrer le temps qui passe, sans oublier évidemment une mise en scène des plus sensibles, au même titre que la BO empathique, le film déroule ainsi simplement mais non sans ambition une étude non pas (uniquement) sur le deuil mais plutôt sur la péremption des choses et la permanence des sentiments et comment se défaire de ses attaches pour aller de l'avant.

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MessagePosté: 22 Nov 2017, 14:54 
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Je spoile pas mal mais difficile de parler du film sans révéler quoi que ce soit et trop compliqué de mettre des balises hide partout donc lisez pas si vous l'avez pas vu.

Beau petit film précieux dont la douce poésie mélancolique reste bien en tête après le générique. Ceci dit j'en suis sorti aussi un peu frustré. D'une part parce que j'ai le sentiment qu'il débute beaucoup trop tard, je ne comprends pas la lenteur indécente de la première partie (dont la scène muette évoquée par FF qui fait un peu pose/performance vaine) et que du coup il ne fait qu'effleurer son concept pourtant sublime. Le film rappelle en fait (et c'est d'ailleurs un peu dommage, la proximité de sa publication rend presque douteux la similarité du concept) le récent chef-d'oeuvre de la BD qu'est Ici de Richard McGuire où l'auteur décide de faire un instantanée du salon où il a grandit à travers le temps passant des années 50 au Moyen-Age en allant loin dans le futur pour repartir aux temps pré-historiques... Sauf que dans le film de Lowery je trouve que l’éternité est bien trop limitée. Une scène dans une espèce de futur et hop on repart au XIXème siècle. Il aurait été tellement beau de voir le film aller beaucoup plus loin en avant et en arrière. De plus je comprends pas le retour dans le temps, il semble être motivé par le "suicide" du fantôme ce qui n'a pas vraiment sens, j'aurais trouvé plus fort que le temps soit juste décomposé et que l'on passe d'une époque à l'autre sans chronologie. Là on a l'impression que ce saut temporel se justifie scénaristiquement et ça m'a pas trop plu car d'une il ne fait pas sens et deux il empêche le film de s'épanouir totalement. Là où il y a là, la possibilité de quelque chose d’infiniment vertigineux, le film reste petit bras. On aurait pu être face à un chef-d'oeuvre métaphysique mais finalement le film se contente d'être un joli poème triste (ce qui n'est pas si mal on est d'accord).

Parce que oui j'adore ce que le film incarne. Ce cinéma low key (ou low fi cf le topic de son précédent) du presque rien où le couple se définit dans un plan de câlin au lit d'une simplicité minérale. Tout cela synthétisé dans cette idée toute simple mais néanmoins magnifique du fantôme sous le drap. J'aime beaucoup l'idée aussi du fantôme dans la maison voisine. Avec trois fois rien (on le voit trois fois quelques secondes) une relation est là. C'est là que le film est le plus doux et triste, dans la mélancolie du vide, dans la solitude infinie et éternelle, dans cette malédiction d'être témoin du temps qui passe sans pouvoir en faire partie. Et il y a une vraie sidération dans les dernières secondes, dans cette image toute simple mais d'une force visuelle immense
le drap qui tombe
Une des images de cinéma de l'année.

Le film arrive aussi à rendre pertinente son idée de cadre carré aux bords arrondis, comme l'impression d'être devant une série de Polaroid (ou de vignettes Instagram le Polaroid contemporain). Il y a là, dans cette photographie pastel et délavée également, une espèce de nostalgie de l'enfance (ce costume de fantôme enfantin qui rappelle les vieux mardis ou Halloween), de temps qui a passé et qu'on a pas su arrêter, comme un album de famille qu'on feuillette avec mélancolie.

Non vraiment un beau film, je l'ai vu il y a une quinzaine de jours et il vieillit très bien. Étonnement le film fait écho à un autre film sorti cette année Sayonara de Koji Fukada
même image d'une entité témoin de la décomposition d'un corps.
autre film poème fragile et magnifique.

4.5-5/6

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CroqAnimement votre


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MessagePosté: 24 Nov 2017, 14:57 
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Je me doutais que j'avais tort de vous faire confiance.
La lenteur du film m'a lentement achevé. J'ai arrêté en regardant rapidement ce que j'avais possiblement manqué.
Lourd et neuneu, ça fait penser au Badabook, qui était déjà lourdingue, en moins bien.
J'aurais dû lancer directement Un ciel radieux à la place.


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MessagePosté: 24 Nov 2017, 15:09 
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Va voir Justice League, tu vas kiffer.

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MessagePosté: 24 Nov 2017, 15:16 
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Pourquoi vous dites pas tout simplement qu'il y a une scène où on voit Rooney Mara qui mange une tarte pendant cinq minutes puis elle va vomir.
Vous avez peur de spoiler ?
Par ailleurs, je lisais la remarque suivante, et elle n'est pas fausse, prendre un acteur célèbre comme Casey Affleck et le recouvrir d'un drap pendant une heure et demi, c'est un peu concon. Alors, c'est une doublure à moindre frais sous ce drap ?


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MessagePosté: 24 Nov 2017, 15:19 
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bmntmp a écrit:
Pourquoi vous dites pas tout simplement qu'il y a une scène où on voit Rooney Mara qui mange une tarte pendant cinq minutes puis elle va vomir.
Vous avez peur de spoiler ?

Toi t'as pas peur d'être con en tout cas.

Citation:
Par ailleurs, je lisais la remarque suivante, et elle n'est pas fausse, prendre un acteur célèbre comme Casey Affleck et le recouvrir d'un drap pendant une heure et demi, c'est un peu concon.

CQFD.

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MessagePosté: 24 Nov 2017, 15:26 
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Film Freak a écrit:
bmntmp a écrit:
Pourquoi vous dites pas tout simplement qu'il y a une scène où on voit Rooney Mara qui mange une tarte pendant cinq minutes puis elle va vomir.
Vous avez peur de spoiler ?

Toi t'as pas peur d'être con en tout cas.

Vos avis, on dirait une mauvaise blague. Alors oui, il y a une musique omniprésente et mélancolique, oui ça parle du deuil, mais parlez de la façon dont le film est fait et pas des généralités ou des banalités qu'il brasse. D'autres que moi pourront aller le voir en connaissance de cause.


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MessagePosté: 24 Nov 2017, 15:29 
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C'est précisément ce qu'on a fait mais je ne m'attends pas à plus d'honnêteté de ta part que d'Armond White.

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MessagePosté: 24 Nov 2017, 17:18 
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C'est amusant d'enchaîner avec Un Ciel radieux de Nicolas Boukhrief car les deux films traitent tous les deux du deuil, en faisant le choix de montrer plutôt que de dire. La comparaison est clairement à l'avantage du Boukhrief, qui a un vrai récit, la mise en scène est d'une fluidité rare dans le cinéma français, avec des plans léchés, et des mouvements de caméra savamment composés (presque premingerienne dans l'esprit). Le Lowery est trop programmatique, donc trop prévisible.


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MessagePosté: 26 Nov 2017, 06:23 
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Exactement le mot que je cherchais pour décrire ce film: "programmatique".

Le film ne décolle jamais de ses effets de pose typique du cinéma d'auteur hipster. Lowery se regarde filmer, lentement, très lentement.
C'est presque du mumblecore pour autiste (mis à part le seul segment bavard du film, où le cinéaste semble concentrer toute l'explication de son propos en un seul dialogue lourdingue. Comme si on ne pouvait comprendre autrement).

Sérieusement, vivement qu'on en sorte de ce cinéma faussement précieux, doucereux, qui n'a rien dans les tripes.

Mais Casey Affleck marmonne bien.

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MessagePosté: 05 Déc 2017, 15:56 
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Il passe au Max Linder ce soir dans le cadre du PIFF.
Tiens je vais me le mater ce soir.


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MessagePosté: 07 Déc 2017, 11:07 
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Cet avis d'Abyssin sur le film en dit trop et pas assez en même temps.


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