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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 22 Jan 2015, 09:55 
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Epépé ? Oui c'est bien. ça n'a pas la force d'Orwell ou Kafka, les auteurs cités en quatrième de couv'. C'est un roman très accessible qu'on peut conseiller à pas mal de personne et je dis pas ça dans le mauvais sens du terme. C'est une fable dépressive avec des visions "urbaines" à la Murnau. ça rappelle aussi énormément l'atmosphère "babelienne" des fils de l'homme de Cuaron jusque dans son dénouement final. Mais c'est un hasard.

Tiens et je mets ici deux bds qui m'ont marqués. J'en lis pas beaucoup.
Image
Ragemoor de Strnad et Corben. Gros délire flippant entre Poe et Lovecraft. Brillant

Et Image
Panthère de Brecht Evens

En l'ouvrant on pense à un livre pour enfant mais c'est un peu plus pervers. Pour ceux qui aiment bien mêler enfance et horreur (ici peut être une allusion à la pédophilie). Enfin ici c'est pas du tout complaisant. ça joue sur la limite, c'est graphiquement plein de trouvaille, de jeu sur le même et la différence, les transformations... c'est génial.


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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 22 Jan 2015, 10:06 
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Cantal a écrit:
Et je suis à la moitié de "La mort en Arabie - Une expédition danoise 1761-1767. Thorkild HANSEN" qui était dans le top de Carrère. Et c'est super. Un livre qui peut plaire même à ceux qui ne sont pas fan de récit de voyage.


J'adore les récits de voyage je le note !

Et ça fait plaisir de voir du Gracq, Les Eaux Étroites c'est merveilleux. J'ai d'ailleurs son livre posthume, Les Terres du Couchant sur ma pile à lire !

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 22 Jan 2015, 14:12 
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Les terres du couchant vient de ressortir (sortir?). Tu nous diras ce que ça vaut. Sinon vu que tu cherchais de la fantasy j'ai eu un gros coup de coeur y'a deux trois ans pour Kane de Karl Edward Wagner qui était sorti chez Denoel et qui a été réédité plus récemment en poche chez folio.

Image

De l'héroic fantasy à la conan qui mêle là aussi pas mal de Lovecraft. J'ai rarement lu un texte aussi enthousiasmant, excitant. Un page turner qui m'avait fait passer une nuit blanche, de la très bonne littérature hallucinée.


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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 22 Jan 2015, 14:19 
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Cantal a écrit:
Les terres du couchant vient de ressortir (sortir?). Tu nous diras ce que ça vaut.


Oui il vient de sortir, c'est un inédit qui n'avait jamais été publié.

Et je note pour le roman de fantasy, je cherche justement de bons pageturner pour alterner avec des romans plus "lourds", merci !

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 16:54 
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Un « top » donc, où j’ai privilégié les extraits, ces artistes n’ayant pas attendu mon opinion pour prouver leur valeur (étant donné que j'ai passé l'année à essayer de combler mes lacunes) :

1. Nostromo – Joseph Conrad

La phrase qui orne la quatrième de couverture est une incantation funeste, à l’aune de cette tragédie: “We shall rule the world’s business whether the world likes it or not.”

Citation:
“There is something in a treasure that fastens upon a man’s mind. He will pray and blaspheme and still persevere, and will curse the day he ever heard of it, and will let his last hour come upon him unawares, still believing that he missed it only by a foot. He will see it every time he closes his eyes. He will never forget it till he is dead – and even then – Doctor, did you ever hear of the miserable gringos on Azuera, that cannot die ? Ha ! Ha ! Sailors like myself. There is no getting away from a treasure that once fastens upon your mind.”


Monument visionnaire, d’une finesse d’analyse et d’une ironie terrible. Tragique, au combien tragique, avec l’ombre de cette mine sur chaque page.

2. Absalom, Absalom ! - William Faulkner

La première phrase donne le ton de cet autre monument, mythique (haha)

Citation:
« From a little after two oclock until almost sundown of the long still hot weary dead September afternoon they sat in what Miss Coldfield still called the office because her father had called it that – a dim hot airless room with the blinds all closed and fastened for forty three summers because when she was a girl someone had believed that light and moving air carried heat and that dark was always cooler, and which (as the sun shone fuller and fuller on that side of the house) became latticed with yellow slashes full of dust motes which Quentin thought of as being flecks of the dead old dried paint itself blown inward from the scaling blinds as wind might have blown them.”


Le mieux est de ne rien en dire et de se heurter de plein fouet à ce texte de genie.

Un livre à scander à voix haute.

3. Mr Ouine. - Georges Bernanos

Le dernier Bouquin que je n’avais pas lu de Bernanos. C’est profondément différent de ces précédentes œuvres et la difficulté qu’il a eu à l’écrire, la lutte que sa rédaction a dû être se sent à chaque page. Ça pue, c’est empli de boue, d’ellipses en ellipses on s’abîme dans le même trou noir que celui qui habite le cœur de Mr. Ouine et, même si par instant il reste quelque chose de l’enfant (l’esprit d’enfance que l’on retrouve chez le curé du journal) chez Steeny, ce n’est qu’une lumière tamisée, scintillant faiblement par instant, dans ce monde grotesque où même le prêtre abdique.

Citation:
« Mon enfant, reprit-il avec son ancienne emphase, au cours de ma carrière universitaire comme après, je n’ai nullement songé à nier l’existence de l’âme, et aujourd’hui même, je ne saurais la mettre en doute, mais j’ai perdu tout sentiment de la mienne, alors qu’il y a une heure seulement, je l’éprouvais ainsi qu’un vide, une attente, une aspiration intérieure. Sans doute a-t-elle achevé de m’engloutir ? Je suis tombé en elle, jeune homme, de la manière dont les élus tombent en Dieu. Nul ne se soucie de me demander compte d’elle, elle ne peut rendre compte de moi, elle m’ignore, elle ne sait même plus mon nom. De n’importe quelle autre geôle, je pourrai m’échapper, ne fût-ce que par le désir. Je suis précisément tombé là où aucun jugement ne peut m’atteindre. Je rentre en moi-même pour toujours, mon enfant »


Putain de chef d’œuvre, pour résumer. J’ai rarement vu un écrivain français labourer les mêmes profondeurs que les russes avec autant de force.

4. Benjamin Fondane.

Poète français. D’origine roumaine, copain et parti du même courant que Gherasim Luca, Paul Celan etc…

Citation:
J'étais en train
de lire un livre
quand tout à coup
je vis ma vitre
emplir son oeil absent d'oiseaux légers et ivres
Oui, il neigeait.
La folle neige!
Elle tombait
tranquille et fraîche
dans le coeur tout troué comme un filet de pêche.
C'était si bon!
et j'étais ivre
de ces flocons
heureux de vivre
que ma main oublieuse, laissa tomber le livre!
En ai-je vu
neiger la neige
dans le coeur nu !
Ah Dieu ! Que n'ai-je
su garder dans mon coeur un peu de cette neige !
Toujours en train
de lire un livre!
Toujours en train
d'écrire un livre!
Et tout à coup la neige tranquille dans ma vitre


Citation:
Préface en prose
C'est à vous que je parle, hommes des antipodes,
je parle d'homme à homme,
avec le peu en moi qui demeure de 1'homme,
avec le peu de voix qui me reste au gosier,
mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il
ne pas crier vengeance !
L'hallali est donné, les bêtes sont traquées,
laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots
que nous eûmes en partage-
il reste peu d'intelligibles !
Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée,
nous serons au-delà du souvenir, la mort
aura parachevé les travaux de la haine,
je serai un bouquet d'orties sous vos pieds,
- alors, eh bien, sachez que j'avais un visage
comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.
Quand une poussière entrait, ou bien un songe,
dans l'oeil, cet oeil pleurait un peu de sel. Et quand
une épine mauvaise égratignait ma peau,
il y coulait un sang aussi rouge que le vôtre !
Certes, tout comme vous j'étais cruel, j'avais
soif de tendresse, de puissance,
d'or, de plaisir et de douleur.
Tout comme vous j'étais méchant et angoissé
solide dans la paix, ivre dans la victoire,
et titubant, hagard, à l'heure de l'échec !

Oui, j'ai été un homme comme les autres hommes,
nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui,
j'ai aimé, j'ai pleuré, j'ai haï, j'ai souffert,
j'ai acheté des fleurs et je n'ai pas toujours
payé mon terme. Le dimanche j'allais à la campagne
pêcher, sous l'oeil de Dieu, des poissons irréels,
je me baignais dans la rivière
qui chantait dans les joncs et je mangeais des frites
le soir. Après, après, je rentrais me coucher
fatigué, le coeur las et plein de solitude,
plein de pitié pour moi,
plein de pitié pour l'homme,
cherchant, cherchant en vain sur un ventre de femme
cette paix impossible que nous avions perdue
naguère, dans un grand verger où fleurissait
au centre, l'arbre de la vie...
J'ai lu comme vous tous les journaux tous les bouquins,
et je n'ai rien compris au monde
et je n'ai rien compris à l'homme,
bien qu'il me soit souvent arrivé d'affirmer
le contraire.
Et quand la mort, la mort est venue, peut-être
ai-je prétendu savoir ce qu'elle était mais vrai,
je puis vous le dire à cette heure,
elle est entrée toute en mes yeux étonnés,
étonnés de si peu comprendre
avez-vous mieux compris que moi ?
Et pourtant, non !
je n'étais pas un homme comme vous.
Vous n'êtes pas nés sur les routes,
personne n'a jeté à l'égout vos petits
comme des chats encor sans yeux,
vous n'avez pas erré de cité en cité
traqués par les polices,
vous n'avez pas connu les désastres à l'aube,
les wagons de bestiaux
et le sanglot amer de 1'humiliation,
accusés d'un délit que vous n'avez pas fait,
d'un meurtre dont il manque encore le cadavre,
changeant de nom et de visage,
pour ne pas emporter un nom qu'on a hué
un visage qui avait servi à tout le monde
de crachoir !
Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu
se trouvera devant vos yeux. Il ne demande
rien! Oubliez-le, oubliez-le ! Ce n'est
qu'un cri, qu'on ne peut pas mettre dans un poème
parfait, avais-je donc le temps de le finir ?
Mais quand vous foulerez ce bouquet d'orties
qui avait été moi, dans un autre siècle,
en une histoire qui vous sera périmée,
souvenez-vous seulement que j'étais innocent
et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,
j'avais eu, moi aussi, un visage marqué
par la colère, par la pitié et la joie,
un visage d'homme, tout simplement !


5. Du côté de chez Swann - Marcel Proust

Commencé la recherche cette année, qui est d’une « facilité » de lecture incroyable : c’est d’une fluidité et d’une musicalité assez extraordinaire, ça se lit d’ailleurs bien à voix haute. C’est également d’une grande « délicatesse » dans sa saleté, jamais de faute de goût. Je comprends la légende érigée autour de la rencontre avec Joyce, étant donné qu’on peut faire difficilement plus antagoniste..

Citation:
« Et avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n’était plus malheureux et que baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même : Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! »


6. The red Badge of courage - Stephen Crane

Mais aussi et surtout sa poésie. Mort beaucoup trop tôt : (

Citation:
« In the desert
I saw a creature, naked, bestial,
who, squatting upon the ground,
Held his heart in his hands,
And ate of it.
I said, "Is it good, friend?"
"It is bitter -- bitter," he answered;
"But I like it
Because it is bitter,
And because it is my heart."


Citation:
“A learned man came to me once.
He said, "I know the way, -- come."
And I was overjoyed at this.
Together we hastened.
Soon, too soon, were we
Where my eyes were useless,
And I knew not the ways of my feet.
I clung to the hand of my friend;
But at last he cried, "I am lost."


Citation:

“A man saw a ball of gold in the sky;
He climbed for it,
And eventually he achieved it --
It was clay.

Now this is the strange part:
When the man went to the earth
And looked again,
Lo, there was the ball of gold.
Now this is the strange part:
It was a ball of gold.
Aye, by the heavens, it was a ball of gold. “


7. Endgame - Samuel Beckett

Plutôt que d’enfiler des lieux communs, je renverrai à l’analyse d’Adorno : http://fr.slideshare.net/tayoulevy/ador ... andendgame

8. Tadeusz Rozewicz

Poète polonais, figure majeure de l’après Auschwitz : Pourquoi écrire après cela ? et comment ? avec comme seule "mantra"que La poésie est une lutte pour respirer,

Citation:
Ce mur que nous avons
construit ensemble
ajoutant chaque jour
un mot
au silence
ce mur qui nous sépare
inexorablement
nous ne pouvons pas passer à travers

Emmurés
par nos propres soins
nous mourons de soif
nous entendons à côté
bouger l'autre
nous entendons des soupirs
nous appelons au secours

même les larmes refluent
au fond de nos orbites


Citation:
J’ai vingt-quatre ans
je suis un rescapé
de l’abattoir

Sons vides sons équivalents
homme bête
amour haine
ami ennemi
ombre et lumière

L’homme se tue aussi facilement qu’un animal
j’ai vu :
des fourgons d’hommes dépecés
qui ne trouveront pas le salut

Grands mots vous n’êtes que des mots
vertu et vice
vérité et mensonge
beauté et laideur
courage et lâcheté

Autant pèse la vertu que le vice
j’ai vu :
un homme être à la fois
vertueux et criminel

Je cherche un maître à vivre et à penser
qu’il rende la vue l’ouïe et la parole
qu’il nomme à nouveau les choses et les concepts
qu’il sépare la lumière de l’ombre

J’ai vingt-quatre ans
je suis un rescapé
de l’abattoir


9. Le cul de Judas - Antonio Lobo Antunes

L’écho contemporain de Faulkner, dont je n’ai lu qu’un seul bouquin, mais qui donne envie d’explorer plus avant cette plongée dans Le Portugal de Salazar, et L’horreur de l’Angola.

Citation:
“we weren't mad dogs when we arrived here, i said to the lieutenant, who was seething with anger and indignation, we weren't mad dogs before the censored letters, the attacks, the ambushes, the mines, the lack of food and tobacco and cold drinks and matches and water and coffins, before we were told that a berliet truck was worth more than a man and before we found out that the death of a solider merited just three lines in the newspaper, he died in combat in angola, we weren't mad dogs, it's simply that we meant nothing to the mealy-mouthed state, who shat on us and used us as laboratory rats and who now at least are afraid of us, so afraid of our presence, of our unpredictable reactions and the remorse we represent that they cross the road if they see us coming, they avoid us, they don't want to face a battalion destroyed in the name of a lot of cynical ideas no one believes in, a battalion destroyed merely to defend the wealth of the three or four families who shore up the regime, the giant lieutenant turned to me, touched my arm and begged in a voice that was suddenly a child's voice, doctor, fix me up with some illness before i explode right here in the street from all the shit inside me.”



Je vous recommande tout cela chaudement, le podium est monstrueux, et le reste aussi, même si ce n’est pas d’une folle originalité.

J’ai pas mal lu Gherasim Luca cette année aussi et, je suis circonspect. « Comment s’en sortir sans sortir » est par exemple une formule géniale, mais j’ai globalement du mal avec cette recréation du langage.

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 17:04 
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Très chouette top, sympa à lire (dont je ne connais que le Swann et Nostromo effectivement génial) !

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 17:20 
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Merci (et merci pour eux :D) !

Tout dans la liste est vraiment recommandable, mais, si tu as l'occasion, n'hésite pas un instant à chopper Faulkner, en V.O. si possible (si tu es à Paris, va a Shakespeare and Company, ils l'ont en neuf et il traine de temps à autre dans les bacs occasion).

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 17:22 
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C'est pas un peu hardcore Faulkner en VO si t'es pas une brute en anglais ?


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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 17:36 
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Hmmm, c'est une question difficile, en terme de vocabulaire par exemple, ça va, mais c'est plus la compréhension linguistique qui va poser problème. Par contre, commence par as i lay dying, the sound and the fury et, si tu peux, tout, avant de t'attaquer au monstre Absalom, Absalom ! Si t'es un grand malade, t'y vas direct :D (mais tu risques de te sentir dépassé (encore plus que si tu y vas "prévenu"))

Mais, même sans rien comprendre, tu le lis à voix haute et il se passe quelque chose :)

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 17:42 
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D'ac je note, j'avoue que ça me fait un peu peur de me lancer là-dedans vu ce que tout le monde m'en dit. Mais bon Absalon, Absalon je me le suis fait offrir en français alors je vais le découvrir comme ça je pense, quitte à la relire plus tard en VO !

Vous lisez souvent à voix haute vous ?


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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 17:44 
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Oui tenter un VO trop ardue peut dégoûter. Il m'est un peu arrivé ça avec Ulysse de Joyce. Commencé en VO et arrêté assez rapidement tant je n'y comprenais rien. Du coup j'ai jamais eu envie de me le faire en français. C'est con pourtant.

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 18:02 
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Quant je peux (qu'il n'y a personne pour voir un énergumène déclamer benoîtement des phrases dans le vide ), ou quant un passage me prend vraiment aux tripes, oui, mais c'est peut être pour ça que j'ai plus de potes :D

Quant tu retrouves la musique du texte à l'oreille, Je trouve que le livre gagne encore plus en richesse.

Je ne sais pas si as i lay dying existe en bilingue, mais il faudrait checker, ce serait top. Puisque attaquer par Absalom, Absalom, c'est ambitieux :D, mais ce sera dans tous les cas une découverte géniale, ne t'inquiète pas ! Cependant, le mieux, c'est de "s'approprier" Faulkner, de comprendre un peu son travail, avant de s'attaquer à son magnus opum, ça te permettra d'accentuer encore la valeur de ta lecture.

Joyce, c'est encore différent, il y a quelque chose qui se joue avec la langue, et puis il y a 12345 niveaux de lectures et références. Il faut se sentir à l'aise pour l'attaquer et c'est dommage de rater un tel livre à cause d'une expérience de lecture frustrante (ou d'une envie de tout comprendre via les éditions annotées de partout)

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Dernière édition par Ilouchechka le 26 Jan 2015, 18:07, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 18:06 
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Ilouchechka a écrit:

3. Mr Ouine. - Georges Bernanos

Le dernier Bouquin que je n’avais pas lu de Bernanos. C’est profondément différent de ces précédentes œuvres et la difficulté qu’il a eu à l’écrire, la lutte que sa rédaction a dû être se sent à chaque page. Ça pue, c’est empli de boue, d’ellipses en ellipses on s’abîme dans le même trou noir que celui qui habite le cœur de Mr. Ouine et, même si par instant il reste quelque chose de l’enfant (l’esprit d’enfance que l’on retrouve chez le curé du journal) chez Steeny, ce n’est qu’une lumière tamisée, scintillant faiblement par instant, dans ce monde grotesque où même le prêtre abdique.

Citation:
« Mon enfant, reprit-il avec son ancienne emphase, au cours de ma carrière universitaire comme après, je n’ai nullement songé à nier l’existence de l’âme, et aujourd’hui même, je ne saurais la mettre en doute, mais j’ai perdu tout sentiment de la mienne, alors qu’il y a une heure seulement, je l’éprouvais ainsi qu’un vide, une attente, une aspiration intérieure. Sans doute a-t-elle achevé de m’engloutir ? Je suis tombé en elle, jeune homme, de la manière dont les élus tombent en Dieu. Nul ne se soucie de me demander compte d’elle, elle ne peut rendre compte de moi, elle m’ignore, elle ne sait même plus mon nom. De n’importe quelle autre geôle, je pourrai m’échapper, ne fût-ce que par le désir. Je suis précisément tombé là où aucun jugement ne peut m’atteindre. Je rentre en moi-même pour toujours, mon enfant »


Putain de chef d’œuvre, pour résumer. J’ai rarement vu un écrivain français labourer les mêmes profondeurs que les russes avec autant de force.



5. Du côté de chez Swann - Marcel Proust

Commencé la recherche cette année, qui est d’une « facilité » de lecture incroyable : c’est d’une fluidité et d’une musicalité assez extraordinaire, ça se lit d’ailleurs bien à voix haute. C’est également d’une grande « délicatesse » dans sa saleté, jamais de faute de goût. Je comprends la légende érigée autour de la rencontre avec Joyce, étant donné qu’on peut faire difficilement plus antagoniste..

Citation:
« Et avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n’était plus malheureux et que baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même : Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! »



7. Endgame - Samuel Beckett

Plutôt que d’enfiler des lieux communs, je renverrai à l’analyse d’Adorno : http://fr.slideshare.net/tayoulevy/ador ... andendgame
.


Putain, tu ne peux pas imaginer à quel point ça me fait plaisir de voir quelqu'un parler de ce bouquin de Bernanos. Les quelques titres que je connais me semblent extraordinaires alors à l'occasion j'essayerai de lire ceux que je ne connais pas. Ah, et une petite question : pourquoi avoir décidé de mettre le titre du Beckett en anglais sachant que c'est un texte français?


Dernière édition par Xavi777 le 26 Jan 2015, 19:43, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 18:10 
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Content de voir que mon enthousiasme est partagé ! Perso Mr. Ouine, le Journal d'un curé de campagne et les cimetières, je trouve ça absolument génial, c'est très très grand.

pour fin de partie, bêtement, parce que l'édition que j'ai à proximité est anglaise :D

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 Sujet du message: Re: Découvertes 2014
MessagePosté: 26 Jan 2015, 19:38 
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Art Core a écrit:
Oui tenter un VO trop ardue peut dégoûter. Il m'est un peu arrivé ça avec Ulysse de Joyce. Commencé en VO et arrêté assez rapidement tant je n'y comprenais rien.


Remarque même en français c'est pas gagné.


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