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MessagePosté: 09 Juil 2017, 14:02 
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1958, Budapest. Deux ans après la répression de l'insurrection. Éva Szalánczky est une jeune journaliste, qui ne cache pas son homosexualité, ni son dégoût devant les mensonges du socialisme réel et la fausse normalité de la vie quotidienne. Elle est embauchée dans un journal tenu par Erdős, un ancien déporté, qui essaye dans la mesure du possible de contourner la censure et de permettre l'expression de points de vue dissidents, et sert de tampon entre ses journalistes et les autorités.

L'origine paysanne d'Eva lui donne un bon touché pour effectuer des reportages sur les coopératives agricoles, où derrière le discours sur le pouvoir par la base, se cachent des situations de corruptions bien réelles et entretenues d'en haut. Il s'agît d'affaires en apparence anodines, mais qui servent à la fois à promouvoir et purger les dirigeants locaux*.
Au journal elle tombe amoureuse de Livia Horvath, une illustratrice, la femme, plutôt aisée, d'un général. Livia est aussi blonde et reservée que Eva est brune et flamboyante. Le sentiment est réciproque et va inciter Livia à bousculer peu à peu son environnement.


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Un film assez singulier, oublié, mais à son époque primé à Cannes par un prix d'interprétation féminine. Il a visiblement été culte en Hongrie et en Pologne auprès du public gay. Les deux actrices sont d'ailleurs polonaises, signe que la sortie du placard était moins impossible dans les années 1980 en Pologne qu'en Hongrie ? Il y a un décalage étrange entre la franchise sexuelle (le film va beaucoup plus loin que "Carol" de Todd Haynes, auquel le il fait beaucoup penser, l'actrice qui joue Eva ressemble d'ailleurs beaucoup à Kate Blanchett), et le côté malheureusement souvent planplan et téléfilmesque de la mise en scène.
La film est cependant intéressant et a quelque chose de cru et fassbinderien, mais qui apparaît par bouffées incontrôlées, dépassant les peersonnages, là où Fassbinder représente le sexe comme une structure et une règle, une sorte de mauvaise foi finalement existentielle. Ici les personnges n'ont pas conscience de leur rôle dans le couple, car ils sont d'abord en lutte elle-même sourde et inconsciente contre le système stalinien (le personnage d'Erdős, le seul à articuler le sens politique de cette lutte, a un aspect monstrueusement abstrait, en même temps qu'il est une sorte de surmoi paternel des deux femmes, essayant en vain d'éviter que la situation ne pète
(pas tant à cause des tracas pollciers que du fait que le mari va essayer de tuer Livia, la rendant paraplégique, et Eva, rejetée par Livia, va se suicider en tentant de passer le rideau de fer la nuit, sur le mode d'une promenade en forêt qui est aussi un périple morbide à la Lewis Carrol, d'ailleurs belle scène)
).

Le film comporte de très belle scènes, particulièrement dans les dialogues à deux. Notamment celle où Eva rejette une ancienne compagne, visiblement pauvre, sortie de prison (ce personnage, qui n'apparaît que pendant 5 minutes, est très beau), l'enquête dans la coopérative agricole qui culmine dans une scène de danse nocturne, où les enjeux sexuels de la fiction sont repris dans un regard documentaire, pas si éloignée de celle du Deerhunter de Cimino. Ou bien l'interrogatoire de police où l'inspecteur se renseigne benoîtement sur ...la pratique du fist fucking (le seul lieu où la sexualité peut-être dite sans jugement est paradoxalement la police). Il y a aussi une belle sensibilité dans le fait de montrer que dans le contexte stalinien, les milieux paysans et ouvriers, méprisés par les autorités, mais leur servant de caution idéologique, étaient plus permissifs et bienveillants vis-à-vis de la différence que la ville.
Malheureusement le film comporte des longueurs (30 minutes de trop) et des aspects "scènes à faire" (la scène de sexe au coin du feu, la dispute hystérique avec le mari, l'interrogatoire de police où le verdict est rendu en offrant du rhum, la démission pour grave conflit idéologique en claquant la porte, puis le rédacteur en chef qui regrette la séquence d'après et essaye de rattraper le coup... le vieil intellectuel dissident qui traduit un poème d'Auden de l'Angiais avec une jolie étudiante qui fume en toussotant dans le café de Flore local, et reconnaît un proche à la table d'à-côté etc) qui le déséquilibrent et l'affadissent

Makk a toutefois l'intelligence de ne pas faire de l'homosexualité des personnages un double symbole ou une métaphore à la fois de la répression sous l'ordre stalinien, et du rapport radical à la vérité (identifiée à la liberté) des dissidents.
Ces deux aspects sont présents, mais, pour ainsi dire, forment deux films en un, qui ne se rencontrent pas, ce qui donnent une étrange intensité au film. Ainsi Eva, journaliste intègre et fine dans ses intuitions politiques, est finalement une amante invasive, un peu harcelante et obsessionnelle voire potentiellement folle (ce qui entrave plutôt sa carrière journalistique), assez cruelle et finalement très maladroite (elle appelle sa maîtresse chez elle en pleine dispute avec le mari). Le rapport est inversé chez la bourgeoise Livia, qui n'a pas de point de vue fort sur la situation politique générale, mais est sans doute plus intègre et généreuse dans la situation amoureuse, consciente de prendre le plus le risque de tout perdre.

C'est le troisième film de Karoly Makk que je vois, et difficile de trouver un dénominateur esthétique commun entre ses films. "Amour" ( de loin le meilleur) faisait beaucoup penser au cinéma de Bergman période "A travers le Miroir" et "le Silence", avec des jump-cut extrêmement osés. "Une Nuit très morale", avait un côté comédie truculente et gentiment rablaisienne, nostalgique de la belle époque, proche du cinéma post-renoirien d'Yves Robert. Là c'est froid, extrêmement sérieux, défendant les personnages, mais d'un point de vue extérieur, très "film-dossier de gauche", cela fait penser aux films allemands de Schlöndorff et Margarethe von Trotta de la même époque. C'est finalement dans les deux cas un cinéma de la mémoire, où les lieux traversés par les personnages comptent plus que les personnages eux-mêmes.
Mais le dénominateur commun de ces trois films est l'attention portée aux femmes, assumant seules le courage de la vérité et de la lutte dans un monde aveugle, face à une oppression qui reste le hors-champ- du film. Malgré ce féminisme, elles sont cependant prises dans un destin sacrificiel. L'enjeu n'est pas pour elles de s'émanciper mais plutôt de tenir bon et transmettre, elle assument seules la figure d'Antigone, dont la lucide solitude confère par contraste le statut d'une apparence au "communisme réel" , les femmes sont placées au point de rupture entre l'ordre policier extérieur et l'univers mental intérieur, chargées malgré elles d'empêcher la contagion de l'un par l'autre.

*le scandale sur lequel elle enquête n'est pas sans ressemblances avec la French Tech Night, mais avec des fermiers à la place des entrepreneurs de start up.


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