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MessagePosté: 31 Oct 2018, 11:09 
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Je me demandais justement quel livre attaquer ce matin. Je vais tenter le Greveillac (Maîtres et esclaves), le seul des quatre que je n'ai pas lu.

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MessagePosté: 31 Oct 2018, 13:02 
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Quel est le meilleur des 4 ? Le seul qui me tente très vaguement c'est le Mathieu.

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MessagePosté: 31 Oct 2018, 13:38 
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J'ai une préférence pour le Mathieu. Le Reverdy est bien mais manque un peu d'ampleur. Quant au Diop, je suis un peu passé à côté du style.

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MessagePosté: 31 Oct 2018, 13:44 
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Pareil le Mathieu reste un conseil sûr. Après j'espère que c'est Greveillac qui l'aura. ça reste classique mais imposant. Presque une fresque à la David Lean.


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MessagePosté: 31 Oct 2018, 14:38 
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Cantal a écrit:
Après j'espère que c'est Greveillac qui l'aura. ça reste classique mais imposant. Presque une fresque à la David Lean.


Ce qu'il manque à Reverdy, alors.

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MessagePosté: 02 Nov 2018, 15:22 
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Monsieur par Terrence Delahousse Malick



L'occasion de ressortir le texte génial de Chevillard sur d'Ormesson

Citation:
Guide des égarés, de Jean d'Ormesson, Gallimard-Editions Héloïse d'Ormesson, 128 p., 14 €.

La télévision révèle des comédiens, des chanteurs, des humoristes, des Miss Météo; il lui arrive aussi d'inventer des écrivains. Pas de toutes pièces, bien sûr. Un ou plusieurs livres auront précédé ce sacre médiatique. Mais nous les verrons dès lors prospérer et s'épanouir dans notre téléviseur semblable à une couveuse inondée de chaude lumière. De certains écrivains, nous pouvons dire sans mentir qu'ils font l'essentiel de leur carrière à la télévision. Homme disert et charmant, Jean d'Ormesson, de l'Académie française, est un de ces élus ou de ces abonnés. Tous ses livres nous sont servis sur un plateau. Immortel et même déjà nonagénaire, nous l'avons vu récemment tout entiché de sa «Pléiade». Il y a de quoi. C'est un beau volume compact, doux au toucher et qui sent bon.

L'âge, nous le savons, confère la sagesse. La leçon de toute une vie doit être partagée. Jean d'Ormesson publie un Guide des égarés dont il a emprunté le titre à Moïse Maïmonide, philosophe et médecin juif du Moyen Age qui entendait principalement dans cet ouvrage «expliquer des allégories très obscures qu'on rencontre dans les livres des prophètes». L'inquiétude point chez les téléspectateurs fidèles de Jean d'Ormesson, mais, qu'ils se rassurent, son projet à lui est tout autre. L'auteur se propose en effet de répondre à cette question: «Qu'est-ce que je fais là?» Il ne parle évidemment pas de la télévision où sa présence ne saurait être pour personne ni pour lui-même un sujet d'étonnement, mais bien de sa condition d'homme vivant sur cette Terre.

Et donc, au fil d'une trentaine de brefs chapitres, Jean d'Ormesson nous entretient de l'espace, du temps, de la science, de la vérité, de Dieu et de toutes ces choses passionnantes sur lesquelles il nous apporte un éclairage peu puissant, certes, mais qui nous permettra tout de même d'économiser une allumette. L'auteur fait preuve d'un souci pédagogique qui manque souvent aux autres sages, volontiers nébuleux, paraboliques, oraculaires. Jean d'Ormesson au contraire commence son enseignement par les bases. L'air? «Nous ne pouvons pas le toucher. On dirait qu'il n'existe pas. Mais nous le respirons.» L'eau? «Matière inconsistante et fugace, sans la moindre solidité, l'eau est pourtant très capable, dans sa colère, de détruire et de tuer.» Quant au petit pois, il est rond et vert. Placé dans un ascenseur, il monte et il descend.

Ce court traité est à ce point farci d'évidences et de truismes que nous vient un soupçon: ne s'agirait-il pas plutôt d'un rapport sur l'homme et ses conditions d'existence destiné à d'éventuels visiteurs extraterrestres? Les égarés, ce sont eux sans doute, ces touristes non identifiés ignorant tout de notre monde et de ses lois. Alors, en effet, ils trouveront dans ce guide du routard intergalactique quelques informations utiles: «Nous ne voyons les arbres, la mer (...), les objets de chaque jour, le visage des êtres aimés que parce que la lumière nous les offre.» Le Vénusien nyctalope comprendra enfin pourquoi nous lui marchons sur les pieds dès que le soleil se couche.

Jean d'Ormesson commence son enseignement par les bases. L'air ? « Nous ne pouvons pas le toucher. On dirait qu'il n'existe pas. Mais nous le respirons »

Et quoi de notre destin? «Les uns jouent un grand rôle dans l'histoire (...). Les autres disparaissent au plus vite corps et biens. Mais tous auront connu l'alternance du matin et du soir, le chagrin, l'amitié, le désespoir, la maladie, la passion ou l'amour.» C'est assez complet, mais notre hôte des confins de l'Univers doit-il ignorer qu'il sera aussi arrivé à chacun de se mettre le doigt dans le nez?

A défaut de nous apprendre grand-chose, cet opuscule récapitulatif réserve tout de même une surprise. Avec une constance remarquable, confinant à l'obstination, Jean d'Ormesson s'emploie tout au long de ces courtes pages à nous rappeler que l'heure de notre trépas va sonner bientôt et que la vraie formule du baptême est une sentence de mort. Qui eût deviné chez le sémillant académicien ce prophète de l'Apocalypse? Dès la page12: «Rien ne dure (...). Notre Terre n'est qu'une longue ruine, et elle passera tout entière. Et aussi notre Soleil et notre galaxie.» Le fidèle téléspectateur commence à trembler sur son canapé: «Profitez de ces délices passagères et durables, misérables égarés. Car elles vous seront arrachées.»

Ainsi le sombre et impitoyable augure noircit ses pages en frappant sans relâche sur son gong: «Le mal est partout autour de nous puisque nous sommes mortels et le monde passager.» Est-ce cette philosophie pour phase terminale qui va revigorer les égarés? Nous ne savons trop si l'auteur, par magie, espère conjurer ces spectres en les convoquant ou s'il s'abandonne avec un désespoir légèrement teinté d'ironie à une forme d'«après moi, le déluge». «Le problème avec la vérité (...), c'est qu'elle ne cesse de se dérober.» Quant à Dieu, «existe-t-il? Le débat ne sera jamais tranché».

Riches de ces enseignements, nous refermons doucement le guide de Jean d'Ormesson. L'écriture très académique, en effet, empruntée à la littérature plutôt que vécue et incarnée, joue toute seule dans ces pages et, quelquefois, produit une heureuse cadence, une noble pensée. Notre univers si éphémère devrait survivre un peu, néanmoins, à ces minces considérations.


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MessagePosté: 02 Nov 2018, 15:42 
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Commencé le Mathieu et lecture très sympa, en effet très immédiate avec des images évidentes. Pour l'instant on dirait du Edouard Louis sans la couche de misérabilisme égocentré.

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MessagePosté: 02 Nov 2018, 15:53 
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Très drôle le texte sur d'Ormesson, c'est en effet un pantin de télé qui aura droit à des hommages dans tous les sens quand il va mourir alors que j'ai l'impression que personne n'a jamais lu aucun de ses bouquins.

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MessagePosté: 02 Nov 2018, 15:57 
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Euh, il est déjà mort.

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MessagePosté: 02 Nov 2018, 15:58 
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Il y a quand même des gens qui se sont offusqués que sa mort ait été éclipsée par celle de Johnny, comme si c'était aussi regrettable que la mort de Prokoviev éclipsée par celle de Staline...


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MessagePosté: 02 Nov 2018, 16:01 
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Castorp a écrit:
Euh, il est déjà mort.


Putain je m'en étais pas aperçu :mrgreen:

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MessagePosté: 06 Nov 2018, 13:22 
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Les prix Femina et Medicis récompensent les deux grands oubliés de la sélection Goncourt

Prix Femina :
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Philippe Lançon : Le lambeau

Prix Medicis :
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Pierre Guyotat - Idiotie

Tous les deux,surtout le Guyotat, ont l'air excellents


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MessagePosté: 08 Nov 2018, 11:24 
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Citation:
Goncourt, Renaudot : dans les coulisses des délibérations

Aïssaoui, Mohammed, Develey, Alice

RÉCIT - Ce mercredi midi, dans les salons de Drouant, le célèbre restaurant parisien, les jurés Goncourt et Renaudot ont récompensé Nicolas Mathieu et Valérie Manteau. Plongée dans des délibérations pleines de surprises.
Il y avait un énorme brouhaha de 12h00 à 12h45, place Gaillon, au restaurant Drouant. Le personnel d'accueil était sur les dents. Comme un soir de concert, il fallait avoir son bandeau «Drouant prix Goncourt & Renaudot - 7 novembre 2018» au poignet pour entrer dans l'établissement. L'assistance attendait la remise des plus prestigieux prix littéraires français. Didier Decoin, secrétaire général de l'académie Goncourt, est arrivé. Il s'est arrêté au milieu de l'escalier qui conduit du rez-de-chaussée au salon Goncourt situé au premier étage. Un silence, soudain. «Le prix Goncourt est décerné à Nicolas Mathieu pour Leurs enfants après eux publié aux éditions Actes Sud.» Applaudissements.

Le jury, présidé par Bernard Pivot, l'a préféré à Maîtres et esclaves de Paul Greveillac (Gallimard). Le vote s'est achevé au quatrième tour, avec six voix pour Mathieu contre quatre à Greveillac (Philippe Claudel était pourtant absent des délibérations). David Diop, auteur de Frère d'âme (Seuil), qui était en course pour tous les prix, repart donc bredouille, pour le moment: pas de Femina ni de Médicis ni de Goncourt ni de Renaudot. Il doit attendre avec fébrilité le prix Interallié et le Goncourt des lycéens. Quant au quatrième finaliste, Thomas B. Reverdy, pourtant apprécié du jury, la suprême récompense ne sera pas pour cette année.
Que Nicolas Mathieu se voit décerner le prix Goncourt n'est qu'une demi-surprise. Beaucoup affirmaient, «pas deux années de suite Actes Sud, la maison de l'ancienne ministre de la Culture!» après le triomphe d'Éric Vuillard l'an passé pour L'Ordre du jour (Actes Sud). Les jurés n'ont eu cure de ce qui se murmurait au sein de la république des lettres. Le favori David Diop en a fait les frais, peut-être à cause du sujet de son roman dont le décor est la Première Guerre mondiale vécue du côté des tirailleurs sénégalais. Trop de livres sur la «Grande Guerre» ont été couronnés (Alexis Jenni, Pierre Lemaitre, Éric Vuillard) ces derniers temps. «La Guerre. La Guerre. La Guerre. Le Goncourt ne doit pas être le prix des anciens combattants!» tonne Didier Decoin.

La surprise du Renaudot
La grande surprise est arrivée quelques secondes après l'annonce du lauréat du Goncourt. Louis Gardel, président pour cette édition 2018 du prix Renaudot, a étonné toute l'assistance: «Le prix Renaudot est décerné à Valérie Manteau pour Le Sillon publié aux éditions du Tripode.» On entendait «quoi Manteau?» ou «c'est qui, le sillon?». Encore une fois, le jury du Renaudot a joué une musique différente. Valérie Manteau ne figurait pas parmi les cinq finalistes, même si elle était dans la première liste.
Au salon des Renaudot, on retrouve autour de la table Dominique Bona, Franz-Olivier Giesbert, Christian Giudicelli, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Noël Pancrazi, Louis Gardel, Patrick Besson, Jérôme Garcin et Frédéric Beigbeder. Ils ont l'air heureux de leur coup - Le Clézio a voté de Nice. «On a eu notre coup de théâtre!», crie l'un d'entre eux. Joli coup, en effet.
Heureux également de leur palmarès 2018, avec Olivia de Lamberterie, magnifique Renaudot de l'essai coiffé du titre Avec toutes mes sympathies (Stock), Salim Bachi se voit décerner le Renaudot poche avec Dieu, Allah, moi et les autres (Folio). Et les jurés, dans un même élan, ont décidé de saluer Philippe Lançon et son Lambeau qui était leur favori depuis toujours: ils lui ont décerné un prix spécial. Lançon a apprécié le geste, il s'est rendu chez Drouant pour remercier chacun d'entre eux.
» LIRE AUSSI - Philippe Lançon, prix Femina 2018 pour Le Lambeau: «On n'a pas besoin de héros»
Le choix inattendu du Renaudot était tel que la petite maison d'édition Le Tripode a été prise au dépourvu. D'habitude, les éditeurs attendent la nouvelle scotchée à leur téléphone portable, prêts à prendre un taxi pour se rendre chez Drouant. Et pourtant. C'est Jérôme Garcin qui raconte: «J'ai appelé pour informer l'éditeur, je suis tombé sur le standard. On a cru que c'était une blague. J'ai dû convaincre la personne que c'était vrai!»
Valérie Manteau ne s'y attendait pas plus. Chargée d'édition au Mucem, à Marseille, elle a dû apprendre qu'elle était lauréate du prix Renaudot après des milliers de personnes. Pour la photo d'elle chez Drouant, on repassera. Son roman, le deuxième de sa carrière, narre l'histoire d'une jeune femme qui part rejoindre son amant à Istanbul. Alors que la ville se défait au rythme de ses contradictions et de la violence d'État, des citoyens luttent pour leur liberté. Elle-même découvre l'histoire de Hrant Dink, journaliste arménien de Turquie, assassiné pour avoir défendu un idéal de paix.

Une petite maison d'édition à l'honneur
Avec le jury Renaudot, elle a trouvé les meilleurs soutiens et les meilleurs attachés de presse. Dominique Bona était dithyrambique: «On a voulu la distinguer, c'est un livre que nous avons beaucoup aimé.» Bien sûr, à travers elle, on récompensait une femme et une petite maison d'édition qui vit de qualité et d'exigence. Le Tripode se voyait attribuer un grand prix pour la première fois de sa jeune existence (la maison a déjà eu le prix Wepler). Mais l'académicienne a tenu à souligner que c'est le talent qui a fait la différence.

Quant à Jérôme Garcin, soutien de la première heure de Valérie Manteau, il ne tarissait pas d'éloge: « Le Sillon est un livre formidable», affirme-t-il. Dans son journal L'Obs , il en avait dit le plus grand bien: «Valérie Manteau, ancienne de Charlie Hebdo à qui l'on doit, sous un titre euphémistique, Calme et tranquille , emprunte ici à tous les genres: l'autofiction, le grand reportage, le document politique, le roman d'amour, la biographie, et les entrelace sous nos yeux avec un doigté de dentellière.» Et d'ajouter: «Elle choisit, pendant un an et demi, d'enquêter sur Hrant Dink, ce journaliste d'origine arménienne assassiné en 2007, d'une balle dans le dos, devant les locaux de son hebdo Agos (le sillon, en français, NDLR)», par un nationaliste turc de 17 ans auquel, avant de tomber, il aurait dit: «Ne fais pas ça, fils, stop.»
Si Valérie Manteau n'a pu se déplacer, Olivia de Lamberterie était tout heureuse de venir remercier le jury qui l'a consacrée. Elle ne pouvait cacher son émotion, les larmes au bord des yeux. «Je suis très heureuse, très émue. Je pense à mon frère, j'ai écrit ce livre pour essayer de le rendre immortel. C'était un être flamboyant, joyeux, il aurait adoré ce prix. Dès que je l'ai su, je l'ai imaginé arrivant avec ses chaussures dorées. Je pense à mes parents, ce sont eux qui m'ont donné le goût de lire et la liberté d'écrire. Je pense à ma famille de Montréal, la femme de mon frère, à Juliette, la fille de mon frère à qui je dédie ce prix.»

Journaliste littéraire réputée, elle a du mal à se considérer écrivain. C'est pourtant une belle assemblée d'auteurs qui a voulu souligner son travail et son premier titre. N'est-ce pas une reconnaissance? «Une reconnaissance? En fait, j'ai un peu l'impression que tout ça arrive à quelqu'un d'autre que moi. Je me réjouis pour ce quelqu'un d'autre», répond-elle en souriant. Et d'ajouter: «C'est intimidant. Je suis fière d'être honorée par ces écrivains, dont Jérôme Garcin, l'une des personnes qui m'a le plus poussée à écrire ce livre. Il m'a donné le petit élan. Quand je n'avais pas de courage, il était là.»
Olivia de Lamberterie était bien entourée: des éditeurs de Stock, sa maison d'édition, et son attachée de presse sont venus avec elle. Manuel Carcassonne, le patron de Stock, était tout sourire: il venait de réaliser un triplé inédit: Renaudot de l'essai, Femina de l'essai et Médicis du roman étranger. De quoi organiser une grande sauterie.
Retour dans le salon des Goncourt. Le lauréat n'est pas encore arrivé. La parole est encore libre. On a cru comprendre que les votes étaient très indécis. «Je suis content du résultat, même si j'aurais espéré que David Diop soit distingué. Frère d'âme est un très grand livre», estime Pierre Assouline, qui a également été charmé par l'œuvre de Paul Greveillac. Tout comme Françoise Chandernagor, qui a tenu à souligner la qualité littéraire de Maîtres et esclaves . Patrick Rambeau, assis tranquillement dans son coin, confie avoir préféré Reverdy.
De son côté, Virginie Despentes bousculée par les journalistes, part fumer à la fenêtre. «Je suis très contente pour Nicolas Mathieu, explique-t-elle, d'autant que c'est un Lorrain, comme elle. J'ai aimé l'écriture, sa chronique sociale d'une France dont on ne parle pas. C'est très Zola. Ce n'est pas surfait.» Éric-Emmanuel Schmitt n'hésite pas à parler d'un roman «sensuel». Quant à Paule Constant, elle souligne «J'aurais préféré Greveilac, il est très littéraire et il a déjà écrit un magnifique roman. Je suis toutefois satisfaite. Leurs enfants après eux parle de la désespérance, des provinces françaises que l'industrialisation a abandonnées. Emmanuel Macron devrait le lire, lui qui suit les territoires blessés par la guerre et par le chômage.»

La remarque tombe au moment même où le lauréat du Goncourt fait son entrée, escorté par le président Bernard Pivot. À chaud, il répond aux journalistes massés autour de lui. Son premier sentiment? «Un moment de sidération. Voilà ça n'est pas un secret, Actes Sud l'avait eu l'an passé, je ne m'y attendais pas particulièrement, c'est la surprise et la joie quand même», raconte-t-il, tout ému mais en retenue, les micros collés aux lèvres et les caméras à dix centimètres des yeux.
Il connaît bien le milieu ouvrier et modeste qu'il décrit: «C'est un peu le monde où moi je suis né. Voilà cela me fait très plaisir que ce livre, qui est à la fois une tentative littéraire et politique, soit couronné. Tentative politique, bien sûr, parce que dès qu'on parle de la manière dont les gens vivent, c'est politique: c'est-à-dire comment ils s'aiment, comment ils se détestent, comment ils font pour vivre ensemble, comment c'est nécessaire et toujours un peu impossible.»
Il l'a répété à plusieurs reprises: c'est un roman sur la France périphérique. Mais pas autobiographique: «Il raconte des vies que je connais et je raconte les vies qui m'importent.»


Mathieu a eu la vocation d'écrivain à l'âge de… sept ans, dit-il souriant et réservé. «Mais j'ai mis très longtemps à savoir ce que je pouvais écrire, parce qu'il ne faut pas écrire les livres qui nous plaisent, ceux qu'on aime lire, il faut écrire les livres dont on est capable, avec l'histoire qu'on porte, donc cela m'a pris du temps. J'ai 40 ans, c'est mon deuxième titre, là du coup je viens de rattraper beaucoup de retard d'un coup!»
Il est décidément bon de publier un deuxième roman pour décrocher la timbale. Après Leïla Slimani (Goncourt 2016) et Olivier Guez (Renaudot 2017), Nicolas Mathieu et Valérie Manteau remportent un prestigieux prix dès leur deuxième titre, seulement.
L'étonnant est que Valérie Manteau a également été très appréciée par des jurés du Goncourt, dont Virginie Despentes qui admire Le Sillon . «C'est une écriture totalement sincère à laquelle j'ai immédiatement adhéré. J'aime sa manière de peindre la Turquie, elle raconte ce qui pourrait se passer dans la France de demain. C'est-à-dire un pouvoir autocratique, la violence dans la rue…» Un juré Goncourt qui commente le choix du Renaudot, cela aussi est une belle surprise.


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MessagePosté: 08 Nov 2018, 12:50 
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J'en suis environ à 1/3 du Mathieu et c'est plaisant à lire et ponctué de belles réflexions et d'un certain art dans la description de l'ennui estival provincial mais je suis loin d'être impressionné. Il y a un côté indéniablement banal. En fait je vois énormément de courts métrages qui ont le même sujet et j'ai un peu l'impression de lire le scénario d'un de ces films, pas mal mais indéniablement anecdotiques. Pour l'instant pour moi le livre n'a pas vraiment les épaules d'un Goncourt. Enfin j'espère qu'il prendra un peu d'ampleur sur la durée.

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MessagePosté: 08 Nov 2018, 13:01 
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Un peu d'accord (d'ailleurs le premier roman de Mathieu est adapté en série) mais le livre arrive à garder l'intérêt tout du long...Il ne prend pas vraiment d'ampleur mais on finit par bien s'attacher aux personnages et il y a des scènes qui marquent.

La meilleure partie doit être le troisième été dans la façon dont Mathieu produit au fur et à mesure une tension difficile à décrire.


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